dimanche 19 février 2012

Le psychisme humain repose sur trois principaux piliers : la sexualité infantile, la parole et les liens intersubjectifs. Tel est le postulat de mes recherches, et je suppose qu'il peut être partagé par de nombreux psychanalystes. J'ajoute que ces trois piliers de fondation sont en étroire relation : la longue dépendance initiale du nouveau-né, due à de sa prématuration à la naissance, en est le lieu géométrique, elle infléchit sa sexualité, ses liens et son accès à la parole et au langage. La parole et le langage viennent à l'infans (celui qui ne parle pas) marqués par le refoulement de sa sexualité infantile et par les conditions intersubjectives dans lesquelles son environnement premier - la mère - les lui apporte en lui transmettant ses propres contenus inconscients et son propre refoulement : ces conditions sont à la fois subjectives (la psyché maternelle) et intersubjectives (la rencontre entre celle-ci et celle de l'infans). Corrélativement, le lien intersubjectif s'inscrit dans la sexualité et dans la parole et il les marque de ses effets. Sexualité, parole et lien concourent de manière distincte et fondamentale à la formation de l'inconscient du sujet et à la construction de son Je. Du même mouvement, ces trois piliers concourent à la formation de la réalité psychique inconsciente du lien intersubjectif.

René Kaës, Un singulier pluriel