vendredi 18 janvier 2019

Etonnant, non ? Très franchement, je dois vous dire que je ne comprends pas le rapport entre ces injonctions ahurissantes et le bonheur. Si ce n'est que, si j'ai bien compris, quand les parents boivent, les enfants trinquent, qu'il ne faut pas envoyer de crotte de chien ni mentalement ni concrètement aux gens que l'on croise, et qu'il faut peindre en bleu les zèbres qui courent dans le métro ! Plus sérieusement, je pense qu'avec ce genre d'exercice - X choses à faire X fois (attention ! pas une de plus, pas une de moins), X choses à noter, qualités et défauts dont il faut dresser la liste, on est en plein catéchisme laïc. On ne récite plus 10 "Pater" ou 10 "Ave", on prend dix résolutions. Et les "faites ceci" et autres "Je pense à..." au mode indicatif, ont quelque chose de bougrement... impératif. En somme, c'est l'examen de conscience permanent, en version laïque. Qu'en pensez-vous ?

Jean-Loup Chiflet, Malheur au bonheur !

jeudi 17 janvier 2019

De là comprend-on que le "juste milieu", thème ennuyeux s'il en est et qu'on croirait relever de la sagesse des nations, sorte enfin de sa platitude. Il prend un relief inattendu. Il est, non pas banal, mais radical. Il ne consiste plus à se tenir dans un milieu frileux, peureux, à mi-chemin des opposés et redoutant l'excès ("point trop n'en faut", comme dit l'adage) : évitant donc prudemment de s'aventurer d'un côté comme de l'autre et d'affirmer fortement sa couleur. "Médiocrité" qui n'est pas "dorée", comme on l'a dit, mais qui est terne ; mais qui est grise. Non, le juste milieu, pour qui sait le penser avec rigueur (Wang Fuzhi), est de pouvoir faire l'un aussi bien que l'autre, c'est-à-dire d'être capable de l'un comme de l'autre extrême. C'est dans cet "égal" de cet égal accès à l'un comme l'autre qu'est le "mi-lieu".

François Jullien, Cinq concepts proposés à la psychanalyse

mercredi 16 janvier 2019

Ne donnez pas d'explication : les amis vous comprennent et les ennemis ne vous croient pas.

Elbert Green Hubbard

mardi 15 janvier 2019

Nous avons tous connu des moments d'ambiguïté intolérable, des situations sans issue où l'on peut se sentir proche de la folie. À une raison s'oppose une autre raison, à une explication s'oppose une autre explication. "Un fou, disait Chesterton, c'est quelqu'un qui a tout perdu, sauf la raison." Si nous sommes capables d'accepter de ne pas comprendre, si nous ne voulons plus faire entrer le réel dans nos petites catégories, si nous suspendons notre jugement... ce moment d'absurdité et de folie peut être le moment d'un passage vers un sens au-delà de la raison, au-delà de la conscience ordinaire qui, elle, "pense toujours en s'opposant."

Jean-Yves Leloup, La sagesse qui guérit

lundi 14 janvier 2019

Devenir adulte, c'est reconnaître, sans trop souffrir, que le "Père Noël" n'existe pas.

Hubert Reeves, L'Espace prend la forme de mon regard

jeudi 10 janvier 2019

La plupart des gens n'écoutent pas dans l'intention de comprendre, ils écoutent dans l'intention de répondre.

Stephen R. Covey

mercredi 9 janvier 2019

Pour celui qui empathise, le patient incompris est une manière d'objet d'amour perdu qui satisfait un besoin. L'empathie peut alors apparaître comme un effort pour compenser, par restitution, une perte de contact et de communication. Dans cette ligne de pensée, j'ai l'impression que les gens qui ont tendance à être déprimés, font les meilleurs "empathisants".

Ralph R. Greenson, L'empathie et ses phases diverses, Revue française de psychanalyse vol. 25 n° 4-5-6, 1961

mardi 8 janvier 2019

La grande question à laquelle je n'ai pas été capable de répondre [...] est : "Que veut la femme ?".

Sigmund Freud, La féminité, XXXIIIe conférence in Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse

lundi 7 janvier 2019

Heureux celui qui sait prendre son temps pour aller plus vite.

Proverbe inuit

vendredi 4 janvier 2019

Il est peut-être temps de dire que le "secret " d’une bonne vie, c’est de se moquer du bonheur : ne jamais le chercher en tant que tel, l’accueillir sans se demander s’il est mérité ou contribue à l’édification du genre humain ; ne pas le retenir, ne pas regretter sa perte ; lui laisser son caractère fantasque qui lui permet de surgir au milieu des jours ordinaires ou de se dérober dans les situations grandioses. Bref, le tenir toujours et partout pour secondaire puisqu’il n’advient jamais qu’à propos d’autre chose.

Pascal Bruckner, L'Euphorie perpétuelle

jeudi 3 janvier 2019

A elle seule la vie est une citation.

Jorge Luis Borges

mercredi 2 janvier 2019

Le vrai nom du dévouement, c'est "désintéressement".

Victor Hugo, Les Misérables

vendredi 21 décembre 2018

Que ce monde soit absurde, c'est l'affaire des philosophes et des humanistes. Mais qu'il soit injuste, c'est notre affaire à tous.

Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier

jeudi 20 décembre 2018

L'individu doit habiter son propre corps, et son corps doit supporter d'avoir un esprit qui l'habite. Ainsi, en un sens, la procédure analytique, si elle est efficace, pourrait amener ces deux-là à une sorte d'harmonie.

Wilfred R. Bion, Bion à la Tavistock

mercredi 19 décembre 2018

Tout est moral dans les individus mais tout est physique dans les masses. […] Chacun est libre individuellement, parce qu’il n’a individuellement affaire qu’à lui-même, ou à des forces égales aux siennes. Mais dès qu’il entre dans un ensemble, il cesse d’être libre.

Benjamin Constant

mardi 18 décembre 2018

You enter the desert as a nobody, and you come out as a somebody.

On entre dans le désert en n'étant personne, et on en ressort en étant devenu quelqu'un.

Citation favorite de Mona Kuhn

lundi 17 décembre 2018

Il est bon d'être ferme par tempérament, et flexible par réflexion.

Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Œuvres choisies

vendredi 14 décembre 2018

Un chef est un homme qui a besoin des autres.

Paul Valéry, Mauvaises pensées et autres

jeudi 13 décembre 2018

Ayant bénéficié d’une psychanalyse personnelle et didactique pendant sept ans (1972-1979) avec Simone Decobert, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, j’ai pu constater, parmi bien d’autres effets, le dégagement de ma famille d’origine, la levée d’inhibitions affectives et intellectuelles, la mise en œuvre d’une adéquation entre les mots prononcés et les émotions ressenties, la mise à l’épreuve de mon engagement vital, corps et âme, comme psychothérapeute auprès de personnes souvent en grande souffrance, et la capacité à développer une indépendance d’esprit vis-à-vis des nombreuses théories de l’esprit, qu’elle soient ou non psychanalytiques.
Le changement le plus important est venu le jour où je me suis aperçu que j’étais assuré de rester celui que j’étais déjà.

Jacques Miermont, Les tribulations d’un psychothérapeute. Petit bilan d’une recherche en psychothérapie

mercredi 12 décembre 2018

En toute chose, l’on ne reçoit qu’en raison de ce que l’on donne.

Honoré de Balzac, Physiologie du mariage

mardi 11 décembre 2018

Ni vouloir dire ni vouloir se taire : laisser passer.

François Jullien, Cinq concepts proposés à la psychanalyse

lundi 10 décembre 2018

L'analyse est terminée quand l'analyste et le patient ne se rencontrent plus pour la séance de travail analytique. Ils agiront ainsi lorsque deux conditions sont à peu près remplies : la première, que le patient ne souffre plus de ses symptômes et ait surmonté ses angoisses comme ses inhibitions ; la seconde, que l'analyste juge que chez le malade tant de refoulé a été rendu conscient, tant d'incompréhensible élucidé, tant de résistance interne vaincue, que l'on n'a pas à redouter la répétition des processus pathologiques en question.

Sigmund Freud, L'analyse finie et l'analyse infinie

vendredi 7 décembre 2018

- Tu prends quoi pour aller bien ?

- Je prends de la distance.

Anonyme

jeudi 6 décembre 2018

De mortuis nil nisi bene.

Des morts : rien sinon le bien

Locution latine

mercredi 5 décembre 2018

Partout où l'homme apporte son travail, il laisse aussi quelque chose de son cœur.

Henryk Sienkiewicz, La Famille Polaniecki

mardi 4 décembre 2018

Notre seule occupation doit être notre guérison.

Epicure, Epître à Ménécée

lundi 3 décembre 2018

La passion ne se soigne que par elle-même.

Charles Fourier, Le nouveau monde amoureux

vendredi 30 novembre 2018

Le désir c'est la connaissance différée, mais rendu visible déjà dans l'impatience du suspens où elle se tient.

Michel Foucault, Leçons sur la volonté de savoir

jeudi 29 novembre 2018

Rien n'est plus lent que la véritable naissance d'un homme.

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien

mercredi 28 novembre 2018

La fausse modestie consiste à se mettre sur le même rang que les autres pour montrer qu'on les dépasse.

Sully Prudhomme

mardi 27 novembre 2018

N'en vouloir à personne

Quand la vie, nous envoie,
Dans les yeux, la poussière
Dans la peau, la peur,
Dans les mains la sueur
Rester debout

Quand la vie, nous envoie,
Dans la tête, la colère
Dans le cœur, de la peine
Dans le corps, la douleur
Rester debout

Et malgré tout
N'en vouloir à personne,
Et jusqu'au bout, être encore qui nous sommes
Prendre de coups et accepter la somme
Tout ce qui fait qu'on touche le fond et qu'on pardonne
N'en vouloir à personne

Quand la vie, nous envoie,
Dans les mains, de l'or
Dans les yeux, le rêve
Dans l'âme, de la peine
Être à genoux

Quand la vie, nous envoie
Dans le cœur de l'amour
Dans la peau, l'envie
Dans le corps, la vie
Être à genoux

Par dessus tout
N'en vouloir à personne
Et être heureux de ce que la vie nous donne
Et jusqu'au bout
Etre encore qui nous sommes
Tout ce qui fait qu'au fond de nous
Un cœur résonne
N'en vouloir à personne

Et malgré tout
N'en vouloir à personne
Et jusqu'au bout
Etre encore qui nous sommes
Prendre des coups et accepter la somme
Tout ce qui fait qu'au touche le fond
Et qu'on pardonne

Et malgré tout
N'en vouloir à personne
Et être heureux de ce que la vie nous donne
Et jusqu'au bout,
Etre encore qui nous sommes
Tout ce qui fait qu'au fond de nous
Un cœur résonne

Johnny Hallyday, album "L'attente", texte d'Isabelle Bernal

lundi 26 novembre 2018

Tout ce que tu dis parle de toi ; surtout quand tu parles d'un autre.

Paul Valéry, Mauvaises pensées et autres

vendredi 23 novembre 2018

Quand on peut s'entretenir avec quelqu'un, et qu'on ne le fait pas, on gaspille la personne ; mais, quand on ne peut pas s'entretenir avec quelqu'un, et que néanmoins on le fait, c'est sa parole que l'on gaspille.

Confucius, Entretiens, XV, 21

jeudi 22 novembre 2018

Tourne-toi vers le soleil, l'ombre sera derrière toi.

Proverbe maori

mercredi 21 novembre 2018

Demain le soleil se lèvera, et qui sait ce que la marée peut apporter.

Chuck Noland, Seul au monde, scénario de William Broyles Jr.

mardi 20 novembre 2018

A l'envers

J'ai bu dans toutes les tasses
J'ai goûté à tous les verres
J'ai perdu cent fois la face
Mais sans rien gagner derrière

J'voudrais bien trouver ma place
Naufragé cherche une terre
Déposer un peu d'angoisse
Y respirer un peu d'air
Autre part, autre frontière

La tête à l'envers
J'fais jamais jamais jamais l'affaire

Déguisé comme un gagnant
Tout dehors et rien dedans
Bronzage été comme hiver
ça j'ai jamais su le faire

J'suis tombé profond profond
J'croyais tous les zéros frères
Mais dans la jungle des bas-fonds
Rallume un peu la lumière
J'suis pas plus doué pour l'enfer

La vie à l'envers
J'fais jamais jamais jamais l'affaire

J'ai cherché dans tous les livres
En long en large en travers
J'ai rien trouvé qui délivre
J'ai rien trouvé qui espère

J't'ai pas dit les mots des autres
J'connais pas l'vocabulaire
Suffit pas d'être sincère
Y'a des façons des manières
J'suis pas doué j'sais pas y faire

Le coeur à l'envers
J'fais jamais jamais jamais l'affaire

Jean-Jacques Goldman, 1er album

lundi 19 novembre 2018

Ce que peut le rêve est immense. Réparer, se remémorer, prophétiser, écouter, mettre en garde, terroriser, apaiser, dévoiler, libérer. Et nous permettre d'oublier.

Anne Dufourmantelle, Intelligence du rêve

vendredi 16 novembre 2018

Chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi.

Jean-Paul Sartre, Situations II

jeudi 15 novembre 2018

Quand la mémoire s'en va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plaît.

Proverbe mossi

mercredi 14 novembre 2018

Généralement on distingue trois périodes dans l'œuvre de Ferenczi : celle de la technique active (1918-1926), celle qui la précède, et une troisième phase dominée par les élaborations sur le traumatisme ("le Ferenczi de "la confusion des langues"") et par d'autres tentatives techniques (la relaxation et l'analyse mutuelle).

Hélène Oppenheim-Gluckman, Lire Sandor Ferenczi

mardi 13 novembre 2018

Ferenczi a prononcé les rassurantes paroles que voici : "L'analyse n'est pas un processus sans fin ; grâce aux connaissances et à la patience de l'analyste, elle doit pouvoir être amenée à son terme naturel." Je crois que cette phrase a surtout pour but de nous rappeler que nous devons viser non pas à raccourcir, mais à approfondir l'analyse.

Sigmund Freud, L'analyse avec fin et l'analyse sans fin

lundi 12 novembre 2018

Contrairement au dogme actuel : "devenir soi", une psychanalyse nous expose au risque de ne pas se reconnaître, de perdre ses propres repères, d'entrer en non-conformité avec soi car ce processus fait partie du : "se trouver" vers lequel la psychanalyse fait signe. Descente vertigineuse vers ce lieu où je suis confondu avec la perception même.

Anne Dufourmantelle et Laure Leter, Se trouver

vendredi 9 novembre 2018

C'est en communiquant avec le monde que nous communiquons avec nous-mêmes. Nous tenons le temps tout entier et nous sommes présents à nous-mêmes parce que nous sommes présents au monde.

Maurice Merleau-Ponty, La Phénoménologie de la perception

jeudi 8 novembre 2018

Dans cet ouvrage [Totem et tabou], Freud, à travers une métaphore et un mythe anthropologique, différencie trois phases de développement psychique du sujet : animiste, religieuse, scientifique. Dans la première phase, s'exerce la croyance en la toute-puissance des idées et dans l'action directe de ces idées ur la réalité qui nous entoure. L'homme s'attribue la toute-puissance. Cette phase correspond au narcissisme et à une pensée encore fortement sexualisée. Dans la phase religieuse, l'homme cède sa toute-puissance aux dieux qu'il espère influencer. Cette phase, dit Freud, correspond à un stade d'objectivation caractérisé par la fixation de la libido aux parents. Dans la phase scientifique, l'homme s'est résigné "à la mort ainsi qu'à toutes les autres nécessités naturelles", bien qu'il persiste des travers de l'ancienne croyance en la toute-puissance. L'individu se confronte à la castration et au principe de réalité.

Hélène Oppenheim-Gluckman, Lire Sandor Ferenczi

mercredi 7 novembre 2018

Qu'il faille se garder de rien privilégier, de rien présumer ou projeter ; qu'il faille donc tenir à égalité tout ce qu'on entend pour ne point rater le moindre indice qui mettrait sur la voie, quelque incongru (inattendu) qu'il apparaisse ; qu'il faille par conséquent garder son attention diffuse et non focalisée, c'est-à-dire non régie par quelque "intentionnalité" est, on le sait, le premier "conseil" qu'adresse Freud au psychanalyste. Le seul, au fond, à bien y regarder. Car tous les autres, de près ou de loin, y reconduisent.

François Jullien, Cinq concepts proposés à la psychanalyse

mardi 6 novembre 2018

Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la suppression du révolté par la généralité anormale qui se croit détentrice de la normalité. Il ne reste plus que la fuite.

Henri Laborit, Eloge de la fuite

lundi 5 novembre 2018

Ma langue maternelle est l'allemand ; le mot anderer (der, die, das, andere) est directement lié à andern (changer). Chaque autre est en soi l'expression d'un changement.

Harald Seezman, A quoi servent les grandes messes de l'art contemporain ?

vendredi 2 novembre 2018

Le procédé de la libre association paraît à beaucoup l'innovation la plus remarquable de la psychanalyse, et la clef méthodologique de ses résultats.

Sigmund Freud, Lettre à Stefan Zweig, 17 février 1931

mercredi 31 octobre 2018

Vous pensez vraiment pouvoir guérir une personne qui se confie à vous dans le plus intime de la vie et de ses souffrances sans lui expliquer vos propres réactions à son égard ? s'étonne Otto. Les prêtres font cela, mais nous ne sommes pas au sein d'une chapelle, ni dans un dogme, mais face à l'existence ! Imaginer guérir une âme en laissant la porte de son propre esprit grande ouverte sur la morale, c'est n'aller nulle part. Le désir, s'il survient, participe du chemin. Le refouler en ne l'exprimant pas, c'est mettre entre soi et l'autre - le malade, Jung ! - le poids de la société, l'interdit, donc la maladie elle-même. Ce qui soigne une personne victime de la morale, c'est l'immoralisme. Vous me comprenez ? Il faut se tenir loin, très loin de l'autorité, de toutes formes de présupposés, de jugement, pour lire une âme, se présenter tel qu'on est, mettre à nu ses failles. Je ne cache pas mes addictions à la cocaïne ou à l'opium à mes patients. Elles font partie de ce que je suis, et c'est parce qu'ils m'acceptent tel que je suis que je peux les entendre.

Marie-Laure de Cazotte, Mon nom est Otto Gross

mardi 30 octobre 2018

Il n'y a sous le ciel qu'une chose devant laquelle on doive s'incliner, le génie, et qu'une chose devant laquelle on doive s'agenouiller, la bonté.

Victor Hugo, Choses vues

lundi 29 octobre 2018

Tuto, cito, jucunde

Sans danger, rapidement, agréablement.

Esculape

vendredi 26 octobre 2018

Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie.

Omar Khayyâm

jeudi 25 octobre 2018

Je  défends  pour  ma  part  l’idée  qu’il  n’y  a  jamais  de  contre-indication,  pas  plus  que  d’indication  pour  un  soin  psychanalytique.  Tout  le  monde  est  une  indication  dans  la  mesure  où  tout  le  monde  mérite  que  quelqu’un  s’intéresse  à  sa  vie  mentale,  à  sa  subjectivité,  à  sa  souffrance  psychique.  Tous  les  psychanalystes  ne  sont  évidemment  pas  destinés  à  aider  tout  le  monde.  Chacun  a  parfaitement  le  droit  de  n’être  intéressé,  de  n’être  compétent  que  pour  certains  contextes  et  pas  d’autres.

Albert Ciccone, Psychanalyse ou psychothérapie psychanalytique ? Fondements de la position clinique

mercredi 24 octobre 2018

Ne crains pas d’avancer lentement, crains seulement de t’arrêter.

Lao Tseu, Tao Te King

mardi 23 octobre 2018

Donec eris felix, multos numerabis amicos.

Tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d'amis.

Ovide, Les Tristes, 1, 9, 5

lundi 22 octobre 2018

[...] chaque nouveauté doit nous trouver toujours tout entiers disponibles.

André Gide, Les Nourritures terrestres

vendredi 19 octobre 2018

Le fou

Ce fut dans le jardin d'un asile de fous que je rencontrai un jeune homme au visage pâle, gracieux et empli d'émerveillement.
Je m'assis près de lui, sur un banc, et lui demandai : "Pourquoi êtes-vous là ?"
Il me regarda avec stupéfaction et me répondit : "C'est une question incongrue et pourtant je veux bien vous répondre. Mon père voulait faire de moi son double parfait ; mon oncle également. Ma mère voulait me façonner à l'image de son illustre père. Ma sœur voulait que je suive le parfait exemple de son époux, le marin, qu'elle tenait en haute estime. Mon frère pensait que je devrais être comme lui : un bel athlète.
"Et mes professeurs, de philosophie, de musique et de mathématiques, étaient eux aussi résolus ; chacun d'eux voulait faire de moi sa propre image réfléchie dans un miroir.
"Aussi suis-je venu en ce lieu. Je trouve que l'air y est plus sain. Au moins, je peux être moi-même."
Puis, subitement, il se tourna vers moi : "Mais dites-moi, avez-vous aussi été conduit jusque-là grâce à l'éducation et au bon conseil ?"
Je répondis alors : "Non, je suis un simple visiteur."
Et il me dit : "Ah, vous êtes l'un de ceux qui vivent dans l'asile de l'autre côté du mur."

Khalil Gibran, L'Errant

jeudi 18 octobre 2018

La vérité est l'objet d'un combat jamais définitivement gagné, ni définitivement perdu que périodiquement le Je doit livrer pour s'approprier et défendre des positions, faute desquelles il ne pourrait ni s'orienter, ni auto-investir son propre espace identificatoire.

Piera Aulagnier, L'Apprenti-historien et le Maître-sorcier. Du discours identifiant au discours délirant

mercredi 17 octobre 2018

Si, comme l’affirmait Freud, le transfert est une “croix”, ne sommes-nous pas en train de nous en protéger par toutes ces rationalisations théorico-techniques, qui ne seraient en dernier ressort que des opérations défensives ? Mais à quoi bon nous défendre d’une chose qui pour la majorité des analystes demeure l’instrument le plus précieux de notre travail ? […] Avec sa métaphore des rayons X, Freud avait-il vraiment raison de nous mettre en garde contre ses dangers ?

León Grinberg, Qui a peur du (contre-)transfert ?

mardi 16 octobre 2018

La connaissance, l'action sont à jamais placées dans une situation fausse : prises entre deux systèmes de référence mutuellement exclusifs et qui s'imposent à elles, bien que la confiance même temporaire faite à l'un détruise la validité de l'autre. Il nous faut pourtant les apprivoiser pour qu'ils cohabitent en chacun de nous sans trop de drames. La vie est courte : c'est l'affaire d'un peu de patience. Le sage trouve son hygiène intellectuelle et morale dans la gestion lucide de cette schizophrénie.

Claude Lévi-Strauss, Histoire de lynx, chap. XVIII, « En relisant Montaigne »

lundi 15 octobre 2018

Aider ce qui vient tout seul.

Lao Tseu, Tao Te King

vendredi 12 octobre 2018

Tenir compte des transformations apportées à l’écoute analytique (importance du contre-transfert), modifier la conception du rôle de l’analyste, comme du cadre analytique du fait du sens nouveau donné à la régression – qui dépasserait le modèle théorique de la reconstruction –, aboutit de fait, pour S. Ferenczi, à la question de savoir s’il n’y a pas deux manières de concevoir l’analyse :

- l’une, qui se veut « classique », basée sur l’aspect paternel de la relation, la levée du refoulement, la remémoration, la reconstruction et la prise de conscience (l’Einsicht) ;

- l’autre, moins « orthodoxe », qui serait plus axée sur l’aspect maternel de la relation, régressive et où prédominent l’expérience vécue, l’interaction, l’infraverbal et le sentir avec (Einfülhung).

Thierry Bokanowksi, Sándor Ferenczi et la clinique des cas dits « difficiles »

jeudi 11 octobre 2018

Nous rencontrons de nombreuses difficultés dans la vie et il serait faux de croire que le bonheur est parfait. En effet, cette illusion nous nuit : nous remettons le bonheur à plus tard, nous considérons qu’il est inutile de rêver, nous nous donnons comme obligation d’être heureux tout le temps et nous nous sentons coupables de ne pas y arriver.

Bref, nous ne prenons pas conscience des deux principes de fonctionnement de la vie que sont l’alternance et le présent ouvert.

L’alternance

Nous observons des cycles dans la vie : dans la nature elle-même et ses saisons. Il en est de même pour les événements que nous vivons ainsi que les émotions ressenties. Après une relation amoureuse difficile ou une période de dépression peut s’ensuivre une renaissance, des changements positifs. Pour accueillir cette alternance, nous devons nous défaire de certains pièges.

Au-delà de l’apparence : le présent ouvert

Bien que nous vivions certaines difficultés comme des contrariétés financières ou affectives, nous pouvons être heureux de notre santé ou d’avoir une famille. Si nous n’aimons pas particulièrement le travail que nous faisons actuellement, nous pouvons apprécier d’être en vie et savoir que notre vie ne se réduit pas à ces conditions parfois inconfortables. Pour rester conscients de ce présent élargi, nous devons éviter également certains pièges.

Thomas d'Ansembourg, Etre heureux, ce n'est pas forcément confortable

mercredi 10 octobre 2018

La question se pose de savoir s'il ne faut pas rechercher chaque fois le trauma originaire dans la relation originaire à la mère, si les traumas de l'époque un peu plus tardive, déjà compliquée par l'apparition du père, auraient pu avoir un tel effet sans la présence d'une telle cicatrice traumatique maternelle-infantile, archi-originaire.

Sándor Ferenczi, Journal clinique

mardi 9 octobre 2018

Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation.

Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles

lundi 8 octobre 2018

Un psychanalyste n'écoute pas sans douceur, même quand il est abrupt. Elle participe à un geste qui fait invitation à l'autre. Peut-être n'entendra-t-il rien parfois, peut-être rêvera-t-il ou s'absentera-t-il ou sera-t-il furieux contre celui qui l'oblige à se tenir là, face à lui. Peut-être ne comprendra-t-il rien à l'histoire qui lui est dite, à ce que trahit ce visage, cette voix.

Il reste que ce qui fait naître l'écoute est la possibilité d'une émotion en intelligence avec ce que l'autre ignore de lui-même. L'écoute (qui peut être flottante) que le psychanalyste garde envers celui qui lui parle, se plaint, souffre, s'essouffle, est une attention particulière aux détails : grains de voix, images évoquées par une hésitation, attitude, mots bizarrement assemblés, tics de langage. Il leur prête intelligence autant qu'à ce qui est signifié. Son apparente immobilité, son silence à peine appuyé, ses pensées, rien ne trahit son désarroi. Il résiste à la plainte qui envahit l'espace et d'abord le corps de l'autre qui est là devant lui et lui adresse sa mortification. Il résiste à l'histoire que le même refrain distille à la même heure, il résiste même à l'envie de savoir. Il essaie d'entendre autrement, d'aller débusquer les fantômes.

Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur

vendredi 5 octobre 2018

La voie est sous nos pieds.

Koan Zen

jeudi 4 octobre 2018

[...] il n'y a pas de signe de réalité dans l'inconscient [...]

Sigmund Freud, Lettre à Wilhelm Fliess du 21 septembre 1897

mercredi 3 octobre 2018

Amicus certus in re incerta cernitur.

C'est dans le malheur (ou dans le besoin) qu'on reconnaît ses amis.

Locution latine

mardi 2 octobre 2018

Je n'aime pas qu'on dise que je suis vieux. Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n'est pas pareil.

Charles Aznavour

lundi 1 octobre 2018

C'est ainsi une sorte de mémoire bien particulière qui est à l’œuvre, une sorte de mémoire «clinique» qui a pu faire dire un jour à l’une des participantes de l’un de mes groupes : «C’est pas possible, comment faites-vous? [...] quelle mémoire vous avez ; j’ai cru que vous enregistriez». Je passerai ici sur les craintes persécutives dont cette remarque témoigne par ailleurs de la part de cette participante. Je crois qu’elle est ainsi loin de se douter qu’avant d’entrer dans la séance, je ne me souvenais pas de grand-chose. Il ne m’est pas très aisé d’actualiser seule ce qui a été travaillé à la dernière séance (d’ailleurs je «rechigne» plutôt à effectuer cette remémoration et je ne fais que ce qui me semble être le «strict nécessaire» à ce sujet), sauf éventuellement dans la relation d’inter-transfert avec mon co-animateur ou ma co-animatrice, lorsqu’il s’agit d’un groupe co-animé ; quelques bribes de souvenirs remontent alors en moi au moment de me disposer mentalement pour la séance suivante mais, en situation, dans le cadre de la séance, au moment propice, reviennent spontanément, si je puis dire, des éléments qui étaient retenus quelque part, et sans doute, pas si loin...

Claudine Blanchard-Laville, Accompagnement clinique et capacité négative

vendredi 28 septembre 2018

Si nous plaçons l’inceste, donc la sexualité, comme plaisir des plaisirs nécessitant l’invention d’une règle des règles, la castration apparaît bien comme le régulateur indispensable de la sexualité non seulement pour la vie sociale mais pour la croyance de l’individu en sa propre survie terrestre, aussi longue que possible. […] Le sens de la castration est donc bien symbolique : pas seulement par sa face érotique en relation avec la mère incestueuse du complexe d’Œdipe, mais aussi par sa face meurtrière, vectrice du désir de faire mourir celui qui s’oppose à ce plaisir incestueux. La castration apparaît comme une mesure qui évite la vengeance du talion en punition du désir parricide. Non par mansuétude, mais parce que les raisons du meurtre peuvent être multipliées. […] La sexualité est donc ici reconnue dans sa double valeur : celle de la différence des sexes et celle du rapport de la génération, c’est-à-dire de la perpétuation de la vie. L’inceste et la mort sont réunis à travers le symbole négatif de la castration.

André Green, Le complexe de castration

jeudi 27 septembre 2018

De toutes parts guette la solitude qui encercle l'homme et dévore ses heures.

Otto Gross

mercredi 26 septembre 2018

Dès qu'on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.

Simone Weil, La pesanteur et la grâce

mardi 25 septembre 2018

Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite.

Friedrich Nietzsche, Ecce homo

lundi 24 septembre 2018

Grattez l'adulte et vous y trouverez l'enfant.

Sándor Ferenczi, Transfert et introjection

vendredi 21 septembre 2018

Nul ne peut exercer l'interprétation des rêves comme activité isolée ; elle reste une part du travail analytique.

Sigmund Freud, Quelques additifs à l'ensemble de l'interprétation des rêves

jeudi 20 septembre 2018

On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre.

Ignazio Silone, Le pain et le vin

mercredi 19 septembre 2018

A quoi tu sers ?

Tu parles, parles, c'est facile, même sans y penser
Les mots, les mots sont immobiles, triés, rangés, classés
Laisse aller, laisse-les jouer
Se cogner, te séduire
"Sensualiser", te bouger
Quand ça veut plus rien dire
Swinguer les mots, les mots, sans ça
On va les rétrécir
Swinguer les mots, ne surtout pas
Toujours les réfléchir

Les mots, l'émo, l'émotion vient
Les mots font l'émotion
Coûte que coûte, écoute-les bien
Rythmer nos déraisons
Les sons, les sons, laissons-les rire
Faut pas les écouter
Juste pour éviter le pire
On va les déchaîner

A quoi tu sers, pourquoi t'es là ?
Qu'est-ce que t'espères, à quoi tu crois ?

Y'en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre
Y'en a qui risquent leur vie pour passer la frontière
Y'en a qui bronzent et d'autres s'font la peau plus claire
Certains s'effraient au fond quand d'autres font des affaires

Mais y a toujours la lune qui s'méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c'est pas demain la veille
Certains smatchent ou labourent, d'autres soignent ou bien peignent
C'est à toi, c'est ton tour, qu'est-ce que t'as dans les veines ?
A quoi tu sers, pourquoi t'es fait ?
Terminus Terre, un seul ticket

Y'en a qui grimpent en l'air pour un peu plus d'silence
Y'en a qui vivent sous terre où ça hurle, où ça danse
Y'en a qui pointent des comptes quand d'autres comptent les points
Y'en a qui lèvent des croix pour ceux qui n'y croient pas

Y'en a qui pincent des cordes, y'en a qui frappent des peaux
Certains "import exportent" ou bien se jouent des mots
Y'en a qui s'font des billes quand d'autres tombent les filles
Certains ne donnent qu'aux hommes, mais d'autres n'aiment personne

Mais y a toujours la lune qui s'méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c'est pas demain la veille
Y'en a qui courent une vie pour gagner deux dixièmes
A présent, c'est ton tour, qu'est-ce que tu nous amènes ?

A quoi tu sers, pourquoi t'es fait ?
T'as la lumière, et puis après ?

Jean-Jacques Goldman, Album "Entre gris clair et gris foncé"

mardi 18 septembre 2018

Si vos rêves ne vous font pas peur, c'est qu'ils ne sont pas assez grands.

Ellen Johnson Sirleaf

lundi 17 septembre 2018

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors.

Montaigne, « Vivre à propos », Les Essais, III, 13

vendredi 14 septembre 2018

Selon la théorie psychanalytique, les symptômes des névroses sont des satisfactions compensatrices déformées de forces instinctives sexuelles dont la libération directe a été empêchée par des résistances intérieures.

Sigmund Freud, Résistances à la psychanalyse

jeudi 13 septembre 2018

La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui s'agite et parade une heure, sur la scène,
Puis on ne l'entend plus. C'est un récit
Plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte
Et qui n'a pas de sens.

William Shakespeare, Macbeth

mercredi 12 septembre 2018

L'analyse nous propose de ne plus vivre nostalgiques.

Georges Favez, Psychanalyste, où es-tu ?

mardi 11 septembre 2018

Et un orateur dit : "Parle-nous de la Liberté".
Et il répondit :
"A la porte de la cité et au coin du feu dans vos foyers je vous ai vus vous prosterner et adorer votre propre liberté,
Comme des esclaves qui s'humilient devant un tyran et bien qu'il les terrassent le glorifient.
Dans le jardin du temple et dans l'ombre de la citadelle j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté comme un boulet à traîner.
Et en moi mon coeur saigna ; car vous ne pourrez être libre que si le désir de quérir la liberté devient un harnais pour vous, et si vous cessez de parler de liberté comme d'un but à atteindre et d'une fin en soi.
Vous ne serez réellement libre tant que vos jours ne seront pas chargés de soucis et que l'indigence et la souffrance ne pèseront pas sur vos nuits,
Mais plutôt lorsque votre vie sera ceint de ces contraintes et dès lors au-dessus d'elles vous vous élèverez, nu et délié.
Et comment pourriez-vous vous élever au-dessus de vos jours et de vos nuits si vous ne brisiez pas les chaînes que vous avez vous-même, à l'aube de votre esprit, attachées autour de votre midi ?
En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons qui brillent au soleil et éblouissent vos yeux.
Et qu'est-ce que la liberté sinon des fragments de vous-même que vous cherchez à écarter pour devenir libre ?
Si vous croyez que la clé de la liberté se trouve derrière une loi injuste qu'il suffit d'abolir, dites-vous que cette loi a été inscrite de votre propre main sur votre propre front.
Vous ne pouvez l'effacer en brûlant tous vos livres de lois, ni même en lavant les fronts de vos juges, dussiez-vous y déverser la mer entière.
Et si vous pensez qu'en détrônant un despote, vous retrouverez votre liberté, voyez d'abord si son trône érigé en vous-même est bel et bien détruit.
Car nul tyran ne pourra dominer des sujets libres et fiers, que s'il existe déjà une tyrannie dans leur liberté et une honte dans leur fierté.
Et si vous cherchez à chasser vos soucis ou à dissiper vos craintes pour libérer ainsi votre esprit, sachez que vous-même les avez choisis avant que vous ne les ayez subis.
Et que le siège de votre frayeur est dans votre coeur et non point dans la main de celui qui vous fait peur.
En vérité tout ce qui se meut en vous est dans une constante semi-étreinte : ce qui vous terrifie et ce qui vous réjouit, ce que vous chérissez et ce que vous haïssez, ce que vous désirez saisir et ce que vous cherchez à fuir.
Vos actes sont des jeux d'ombres et de lumières en couples enlacés.
Toute ombre se dégrade, se fond et se meurt à l'arrivée d'une lumière,
Et quand l'ombre s'évanouit et n'est plus, toute lumière qui s'attarde derrière ses lisières devient alors une ombre pour une autre lumière.
Et ainsi quand votre liberté se désenchaîne devient elle-même les chaînes d'une plus grande liberté."

Khalil Gibran, Le prophète

lundi 10 septembre 2018

N'interromps jamais quelqu'un qui fait ce que tu disais infaisable.

Amélia Earhart

vendredi 7 septembre 2018

Tous nous serions transformés si nous avions le courage d'être ce que nous sommes.

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat

jeudi 6 septembre 2018

La sexualité infantile

Par son investigation étiologique, la psychanalyse se mit en situation de s'occuper d'un thème dont l'existence avait été à peine présumée avant elle. On s'était habitué en science à faire commencer la vie sexuelle avec la puberté, et l'on avait jugé les manifestations de la sexualité infantile comme des signes rares de précocité anormale et de dégénérescence. Et voici que la psychanalyse dévoilait une abondance de phénomènes aussi singuliers que réguliers, par lesquels on se voyait contraint de faire coïncider le début de la fonction sexuelle chez l'enfant presque avec le commencement de la vie extra-utérine, et l'on se demanda avec étonnement comment il avait été possible de fermer les yeux sur tout cela. Les premières vues sur la sexualité infantile ont certes été acquises par l'investigation analytique d'adultes, et par conséquent affectées de tous les doutes et sources d'erreur qu'on pouvait attendre d'une rétrospection si tardive, mais lorsque plus tard (à partir de 1908) l'on commença d'analyser et d'observer sans préjugé des enfants eux-mêmes, on acquit la confirmation directe de tout le contenu concret de la nouvelle conception.

La sexualité infantile montrait à maints égards un autre tableau que celle des adultes et surprenait par de nombreux caractères relevant de ce qui était condamné chez les adultes comme « perversion ». Il fallut élargir le concept du sexuel jusqu'à ce qu'il englobe plus que la tendance à l'union des deux sexes dans l'acte sexuel ou à la provocation de sensations de plaisir particulières aux organes génitaux. Mais cet élargissement trouva sa récompense dans le fait qu'il devint possible de comprendre la vie sexuelle infantile, normale et perverse, à partir d'un ensemble.

L'investigation analytique conduite par l'auteur tomba tout d'abord dans l'erreur de surestimer largement la séduction comme source des manifestations sexuelles infantiles et germe de la formation de symptôme névrotique. On réussit à triompher de cette illusion lorsque se fit reconnaître dans la vie psychique des névrosés le rôle extraordinairement grand de l'activité fantasmatique, qui, pour la névrose, était manifestement plus déterminante que la réalité extérieure. C'est derrière ces fantasmes qu'apparut alors le matériel permettant de donner la description suivante du développement de la fonction sexuelle.

Sigmund Freud, "Psychanalyse" et "Théorie de la libido"

mercredi 5 septembre 2018

Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres.

Denis Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron

mardi 4 septembre 2018

Rendre le bien pour le bien et le bien pour le mal, c'est la bonté efficace.

Lao Tseu, Tao Te King

lundi 3 septembre 2018

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.

Stéphane Mallarmé

vendredi 27 juillet 2018

La matière psychique est hypercomplexe, elle est énigmatique. Elle ne peut être métabolisée et intégrée directement. Elle est donc en quête de médiateur pour son élaboration et la décondensation de son hypercomplexité.

René Roussillon, "Complexité et paradoxes du transfert" in Les grands concepts de la psychologie clinique

jeudi 26 juillet 2018

Notre corps n’est rien sans le corps de l’autre.

Julian de Ajuriaguerra, Manuel de psychiatrie de l'enfant

mercredi 25 juillet 2018

Les jours heureux

À l'heure où le monde bouge
Alors que ton cœur apprend
La misère
Il te faut teindre de rouge
Il te faut peindre de sang
Ta raison
Quand les loups font ta récolte
Ils t'enseignent malgré toi
La colère
Laisse gronder ta révolte
Prends la fronde et quitte donc
Ta maison

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux

J'ai laissé dormir ma ferme
Et mes outils se rouiller
Dans la grange
Car l'unique grain qui germe
Pousse au sol de mes pensées
En fusion
J'ai le cœur grisé de haine
Mais ne veut pas surtout pas
Être un ange
Tiens, prends ma main dans la tienne
Côte à  côte on souffrira compagnons

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux

Mais après vents et tempêtes
Lorsque chantera la paix
Sur la terre
Pesamment comme une bête
Je viendrai soigner mes plaies
Sur tes flancs
Loin du monde en équilibre
Entre la peur et le jeu
De la guerre
Je serai un homme libre
Je serai un homme dieu tout-puissant

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux.

Charles Aznavour, "Les jours heureux"

mardi 24 juillet 2018

Fraus omnia corrumpit.

La fraude corrompt tout.

Adage latin juridique

lundi 23 juillet 2018

Je considère que toute expérience humaine est le résultat d'un jeu dialectique entre trois modes de production de l'expérience : le mode dépressif, le mode schizoparanoïde et le mode autistique-contigu.

Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse

vendredi 20 juillet 2018

Le rêve, notre hystérie secrète ?

J.-B. Pontalis, La traversée des ombres

jeudi 19 juillet 2018

Veiller tard

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde disparu l'on est face à soi

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiétude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ce raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas su dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Jean-Jacques Goldman, 2e album

mercredi 18 juillet 2018

Je crois que je m’aguerris chaque jour… mais je ne m’endurcirai probablement jamais.

Etty Hillesum, Une vie bouleversée

mardi 17 juillet 2018

Quel est le sceau de la liberté conquise ?

- Ne plus avoir honte de soi-même.

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

lundi 16 juillet 2018

Dès que l'on a commencé à s'écarter du matériel dans lequel on doit puiser, on court le risque de s'enivrer de ses propres assertions.

Sigmund Freud, L'homme au loups

vendredi 13 juillet 2018

Soigner un névrosé, ce n'est pas lui faire réintégrer le monde des gens "normaux" - mais, bien au contraire, réveiller en lui une créativité enfouie.

Otto Rank, Volonté et psychothérapie

jeudi 12 juillet 2018

Tu mettras quarante ans à dire qui tu es.

Léo Ferré à Michel Drucker

mercredi 11 juillet 2018

La forme, c'est le fond qui remonte à la surface.

Victor Hugo, Proses philosophiques

mardi 10 juillet 2018

La gloire est le deuil éclatant du bonheur.

Madame de Staël

lundi 9 juillet 2018

Est-ce qu'il t'a pardonné de l'avoir aidé ?

Philippe Bouvard

vendredi 6 juillet 2018

Je suis un tardif qui a commencé tôt.

Michel Drucker

jeudi 5 juillet 2018

Celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles.

Proverbe africain

mercredi 4 juillet 2018

Il faut commencer par la révision de notre position face à notre propre contre-transfert en cherchant un meilleur dépassement des idéaux infantiles et en acceptant complètement d'être des enfants et des névrosés bien qu'adultes et analystes.

Heinrich Racker, Etudes sur la technique psychanalytique

mardi 3 juillet 2018

Aujourd'hui, tous les gens ont la maladie de se soigner.

Albert Willemetz

lundi 2 juillet 2018

Là où on s'aime, il ne fait jamais nuit.

Proverbe rundi

vendredi 29 juin 2018

Les piliers de la théorie psychanalytique

L'acceptation de processus psychiques inconscients, la reconnaissance de la doctrine de la résistance et du refoulement, la prise en considération de la sexualité et du complexe d'Œdipe sont les contenus principaux de la psychanalyse et les fondements de sa théorie, et qui n'est pas en mesure de souscrire à tous ne devrait pas compter parmi les psychanalystes.

Sigmund Freud, "Psychanalyse" et "Théorie de la libido"

jeudi 28 juin 2018

L'expérience d'omnipotence relève essentiellement de la dépendance, alors que l'omnipotence dont je parle ici suppose qu'on désespère de pouvoir dépendre de quelqu'un.

Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

mercredi 27 juin 2018

Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit ; celui qui étend les jambes ne peut marcher.
Celui qui tient à ses vues n'est point éclairé.
Celui qui s'approuve lui-même ne brille pas.
Celui qui se vante n'a point de mérite.
Celui qui se glorifie ne subsiste pas longtemps.

Lao Tseu, Tao Te King, XXIV (traduction Stanislas Julien)

mardi 26 juin 2018

Parmi les idéologies actuelles, proches de l'image ou du slogan, caricature de l'Idéal du Moi qui permet au contraire de contenir l'agir, nous avons : a. les idéologies de la consommation sans frein et de la communication comme but en soi ; b. l'idéologie de l'autonomie qui peut aller jusqu'à l'isolement, la solitude ; c. l'idéologie bureaucratique, forme de retour désincarné de l'autorité ; d. l'idéologie communautariste, intégriste ou sectaire ; enfin, e. l'idéologie de l'anti-progrès (les déclinologues), ou la création des monstres.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

lundi 25 juin 2018

Si la mère nourricière n'est pas capable de dispenser sa rêverie ou si la rêverie dispensée ne se double pas d'un amour pour l'enfant ou pour le père, ce fait sera communiqué au nourrisson même s'il lui demeure incompréhensible.

Wilfred R. Bion, Aux sources de l'expérience

vendredi 22 juin 2018

Le surmoi ne contraint pas seulement, ne condamne pas seulement, il aime aussi et protège : il est ambivalent.

Francis Pasche, Le Passé recomposé

jeudi 21 juin 2018

Le souvenir est une forme de rencontre.

Khalil Gibran, Le sable et l'écume

mercredi 20 juin 2018

Anaxagore, selon la légende, aurait demandé peu avant sa mort que des fêtes d'enfants soient organisés lors de ses anniversaires. Cette coutume se conserva, parait-il. Les jeux des enfants perpétuaient ainsi les jeux de la pensée.

Kostas Axelos, Arguments d'une recherche

mardi 19 juin 2018

La liberté, selon ma conception, signifie la redécouverte des espaces amis du monde philobatique qui exige des aptitudes d'adulte, et derrière celui-ci, le monde de l'amour primaire qui tient fermement le sujet sans rien lui demander.

Michael Balint, Le défaut fondamental

lundi 18 juin 2018

Finalement, le psychanalyste accueillera l'angoisse comme un don qui lui est fait.

Georges Favez, Psychanalyste où es-tu ?

vendredi 15 juin 2018

Un moulin à paroles, c'est un muet qui s'ignore.

Serge Viderman, "Le temps du silence"

jeudi 14 juin 2018

Quand il est d’humeur dépressive, l’enfant, ou l’adulte, jette une couverture sur la totalité de sa situation interne, ou laisse tomber sur elle, comme pour la contrôler, un brouillard, une brume, une sorte de paralysie où le tri du bon et du mauvais devient impossible.

Donald W. Winnicott, La nature humaine

mercredi 13 juin 2018

Pour la conscience de soi il y a une autre conscience de soi. Elle se présente à elle comme venant de l'extérieur. Cela a une double signification : 1°, la conscience de soi s'est perdue elle-même, car elle se trouve elle-même comme étant une autre essence ; 2°, elle a par là même supprimé l'Autre, car elle ne voit pas aussi l'Autre comme essence, mais c'est [d'abord seulement] elle-même qu'elle voit dans l'Autre.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l'esprit

mardi 12 juin 2018

Le complexe d’Œdipe se révèle donc, ainsi que nous l’avons déjà admis d’un point de vue historique, comme la source de notre éthique individuelle (la morale). Au cours du développement de l’enfant, qui conduit à un détachement progressif à l’égard des parents, l’importance personnelle de ceux-ci cède la place au surmoi. Aux images qu’ils ont laissées viennent ensuite se rattacher les influences des maîtres, des autorités, des modèles spontanément choisis et des héros reconnus par la société, personnes que le moi, devenu plus résistant, n’a plus besoin d’introjecter. La dernière figure de cette série qui débute avec les parents est le Destin, puissance obscure que seuls très peu d’entre nous parviennent à concevoir de façon impersonnelle. Lorsque le poète hollandais Multatuli remplace la Μοϊφα des Grecs par le couple divin Λόϒος χαί ΆνάΥχη il n’y a guère à redire ; mais tous ceux qui transfèrent la conduite du cours du monde à la Providence, à Dieu ou à Dieu et à la Nature nous font soupçonner qu’ils continuent de ressentir ces forces, les plus extérieures et les plus lointaines qui soient, comme un couple parental — au sens mythologique — et qu’ils se croient rattachés à elles par des liens libidinaux. Dans Le moi et le ça j’ai tenté de déduire aussi d’une telle conception parentale du Destin l’angoisse réelle de mort éprouvée par les êtres humains. De cette conception il semble très difficile de se libérer.

Sigmund Freud, Le problème économique du masochisme

lundi 11 juin 2018

Apprendre à guérir, c'est apprendre, comme le disait Georges Canguilhem, à connaître la contradiction entre l'espoir d'un jour et l'échec de la fin, sans perdre l'espoir.

Elisabeth Roudinesco, Hors-Série du Nouvel Observateur "La psychanalyse en procès"

vendredi 8 juin 2018

Par définition, le transfert doit inclure tout ce que le patient apporte à la relation. Et ce qu'il y apporte peut être mieux apprécié lorsque, à côté et au-delà de ce qui est dit, nous concentrons notre attention sur ce qui se passe dans la relation, sur la manière dont le patient est en train d'utiliser l'analyste.

Betty Joseph, Le transfert, une situation totale

jeudi 7 juin 2018

Nous nous disons en syllabes qui s'élèvent du plancher, disant nous-mêmes dans un parler que nous ne parlons pas.

Wallace Stevens, The Creations of Sound

mercredi 6 juin 2018

La façon la plus efficace d'agir, c'est d'agir.

Amelia Earhart

mardi 5 juin 2018

Ainsi, nous sommes tous plus ou moins des personnalités multiples, avec des structures psychopathologiques multiples elles-aussi. Nous disposons tous de potentialités hystériques, phobiques, obsessionnelles ; mais aussi dépressives, maniaques, hyperactives, fétichistes, toxicomanes ou perverses ; ou encore paranoïaques, autistiques, allergiques ou psychosomatiques. Les fantasmes originaires de l'Œdipe, au nombre de cinq pour un Œdipe complet, sont tous plus ou moins représentés dans notre roman familial personnel, construit et reconstruit tout au long de notre vie : séduction, castration, scène primitive, meurtre cannibalique, retour au ventre maternel. Notre identité, à ce titre n'est-elle pas comme une sorte d'assemblée, un parlement démocratique entre ces différents complexes familiaux, les systèmes anthropologiques qui règlent la quête d'un partenaire et son degré d'exogamie, le mode de couplage, l'héritage, les rites de passages, les migrations, et les coupures, la portance et la protection des enfants à naître ?

François Duparc, La clinique du psychanalyste aujourd'hui

lundi 4 juin 2018

De celui qui déclare d'un ton péremptoire : "Moi, je pense que...", vous pouvez être certain 1. qu'il ne pense pas, 2. qu'il revendique un jugement qui lui serait propre alors qu'il exprime l'opinion la plus commune dont il se fait l'écho à son insu, 3. qu'il est si peu assuré de son existence qu'il met en avant Moi et, pour faire bonne mesure, l'accole à Je.

Il n'y a pas plus vantard, plus inconsistant et plus conformiste que cet homme-là.

J.-B. Pontalis, Avant

vendredi 1 juin 2018

L'idée que les pensées et les sentiments de l'analyste sont à chaque fois contextualisés et, par conséquent, modifiés par notre vécu du patient pourrait donner à croire que tout ce que l'analyste pense et éprouve serait à ranger du côté du contre-transfert. J'estime cependant que l'emploi du terme contre-transfert, pour renvoyer à tout ce que l'analyste pense, éprouve ou vit à travers ses sens, occulte la simultanéité de la dialectique entre l'unicité et la dualité, la subjectivité individuelle et l'intersubjectivité - à savoir le fondement même de la relation analytique. Dire que tout ce que vit l'analyste relève du contre-transfert n'est que le constat d'une évidence : nous sommes tous empêtrés dans notre subjectivité. Si nous voulons que le concept de contre-transfert signifie un peu plus que l'obvie, il nous faudra sans cesse le replacer dans le mouvement dialectique entre l'analyste comme entité séparée et l'analyste comme création de l'intersubjectivité analytique. Aucun de ces deux "pôles" de la dialectique n'existe sous une forme pure, et il nous incombe d'aboutir à des formulations chaque fois plus fines sur la nature spécifique, à tel ou tel moment, de la relation entre les vécus du sujet et de l'objet, entre le contre-transfert et le transfert.

Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse

jeudi 31 mai 2018

Saxa loquuntur !

Les pierres parlent !

Sigmund Freud, L'étiologie de l'hystérie

mercredi 30 mai 2018

Cher ami je ne veux pas être indiscret en vous parlant de votre santé, mais mon expérience de la maladie, des médecins etc., si elle m'est inutile pour moi-même, [...] je réussis aisément s'il s'agit d'un autre là où j'échoue pour moi. Donc si vous voulez que nous causions santé et guérisseurs je suis à vos ordres.

Marcel Proust, Lettre à Gaston Gallimard, octobre 1916

mardi 29 mai 2018

Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin.

Marguerite Yourcenar, Les Yeux ouverts

lundi 28 mai 2018

Tout comme le bébé avec sa mère, le patient ne peut devenir autonome que si le thérapeute est prêt à le laisser aller ; et pourtant tout mouvement venant du thérapeute qui tente de s'éloigner de l'état de fusion avec le patient est l'objet d'une noire suspicion et le désastre menace.

Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

vendredi 25 mai 2018

Rigoureusement parlant - et pourquoi n'en parlerait-on pas aussi rigoureusement que possible ? - ne mérite d'être reconnu psychanalyse correcte que l'effort analytique qui a réussi à lever l'amnésie qui dissimule à l'adulte la connaissance des débuts de sa vie infantile (c'est-à-dire de la période qui va de la deuxième à la sixième année).

Sigmund Freud, "Un enfant est battu"

jeudi 24 mai 2018

L'abîme est là qui gronde et les enfants sourient.

Victor Hugo, L'art d'être grand-père

mercredi 23 mai 2018

Que voit le bébé quand il tourne son regard vers le visage de la mère ? Généralement, ce qu'il voit, c'est lui-même. En d'autres termes, la mère regarde le bébé, et ce à quoi elle ressemble est en rapport avec ce qu'elle voit.

Donald W. Winnicott, Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l'enfant

mardi 22 mai 2018

Du temps de Freud le scandale était le dévoilement d'une sexualité réprimée. Aujourd'hui, ce qui est scandaleux, c'est de dire que chaque homme est un sujet qui pense, qui ressent, qui désire, et pas seulement un être qui fabrique et consomme.

Marcel Sassolas, Défense de la clinique en psychiatrie

vendredi 18 mai 2018

Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses.

Gandhi

jeudi 17 mai 2018

La psychanalyse est une expérience où le patient est pris au sérieux, notamment parce que l'analyste traite de tout ce que dit et fait le patient comme des communications potentiellement douées de sens pour l'analyste.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

mercredi 16 mai 2018

Il arrive que le langage, son équivoque, donne subtilement à entendre l'ambivalence. Par exemple : "Je ne veux que ton bien..."

Jacques André, "Ambivalence", Les 100 mots de la psychanalyse

mardi 15 mai 2018

Ce qui t'appartient n'est pas mesurable.

Pierre-Albert Jourdan, Les Sandales de paille

lundi 14 mai 2018

Des révolutionnaires qui voulaient remplacer
Les méfaits de leurs pères par leurs propres excès

Jean-Jacques Goldman, Bienvenue sur mon boulevard

vendredi 4 mai 2018

Attention le chocolat fait rétrécir les jeans.

Anonyme

jeudi 3 mai 2018

Notre culture sociétale se caractérise par un besoin de plus en plus grand d’obtenir des satisfactions individuelles et rapides, avec une perception du temps qui s’accélère de plus en plus, la substitution des valeurs économiques et commerciales aux valeurs spirituelles et affectives, une fragmentation du tissu social qui entraîne une pléthore d’équivalents dépressifs, des modes de vie qui exaltent de faux besoins en même temps que diminue le nombre de ceux qui peuvent y accéder, un allongement de la période de dépendance aux parents qui coexiste avec des injonctions d’autonomie irréalisables pour les jeunes. Dans ce monde qui va vite, où tout se sait, où tout se dit et se montre, nombreux sont ceux qui peinent à se construire un sentiment d’identité propre et ont recours aux pires manières d’y arriver. Nombreux sont ceux qui n’y trouvent pas leur place et sombrent d’une manière ou d’une autre dans la désespérance. Ce sont eux qui nous consultent (dans le meilleur des cas).

Les aider n’est pas une tâche facile et c’est devenu un grand marché. Nous voulons partager ici notre inquiétude quant au développement de pratiques de soins qui essaient de faire l’économie de la complexité psychique au profit de la rentabilité illusoire du soin. Le temps du psychisme n’est pas le temps de l’entreprise ni celui des politiques d’austérité. Quand des mécanismes psychologiques ont mis dix, vingt, trente, quarante ans à s’installer, il est mensonger, arbitraire et manipulateur, de donner à penser qu’il est possible de les assainir rapidement. C’est le cas aussi quand des traumatismes violents ont traversé plusieurs générations ou quand des traumatismes précoces ont perturbé l’évolution souhaitable de la croissance psychique. Il nous semble indispensable de faire comprendre à quel point une approche clinique de ces pathologies doit pouvoir s’appuyer sur une démarche progressive et processuelle et qu’un renoncement à des formules instantanées ou ultra rapides est la condition sine qua non d’une véritable évolution.

Nous voulons aussi partager notre inquiétude quant au développement de pratiques de soin qui essaieraient de faire l’économie de l’existence des inconscients humains. « Déconditionner », « corriger », faire appel à la volonté, c’est méconnaître la face cachée de l’iceberg et tromper les patients sur leur véritable fonctionnement interne.

Et que dire de toutes les formules magiques qui leur sont proposées et qui exploitent commercialement leur besoin d’espérer voir leur crédulité ?

Liliane Dirkx, Après cinquante numéros... in Cahiers de psychologie clinique n° 50

mercredi 2 mai 2018

Je suis prisonnière de mes émotions. Il faut raconter son histoire, puis l'oublier.

Louise Bourgeois, Destruction du père. Reconstruction du père

vendredi 27 avril 2018

Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent.

Paul Valéry, Choses tues

jeudi 26 avril 2018

Le vrai miracle n'est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs : il est de marcher sur terre.

Houeï Neng

mercredi 25 avril 2018

Dans les états dépressifs mélancoliques, la libido semble régresser jusqu'au stade le plus précoce du développement. Cela veut dire qu'au niveau inconscient, le mélancolique éprouve vis-à-vis de son objet sexuel un désir d'incorporation. Inconsciemment, il existe une tendance à avaler l'objet, à le détruire.

Karl Abraham, Examen de l'étape prégénitale la plus précoce du développement de la libido

mardi 24 avril 2018

L'écriture de ce livre a, dès le commencement, revêtu à mes yeux une dimension profondément personnelle. Un peu comme le sentiment d'écrire, des années durant, une suite de lettres à un collègue pour lui raconter la façon dont je concevais la psychanalyse à cette époque de ma vie. Il va de soi que tout ce que je crois à ce jour concernant la théorie et la pratique de la psychanalyse ne cesse d'évoluer, y compris à fur et à mesure que j'écris (ou, pour être plus précis, surtout dans l'acte même d'écrire). Borges a déclaré avoir passé toute sa vie à réécrire son premier livre de poèmes. J'éprouve un sentiment similaire à l'égard de mes tentatives de mettre ne mots ma compréhension de ces aspects de la psychanalyse qui sont les plus importants pour moi, et de dire comment ils sont devenus partie prenante de ce que je suis et du psychanalyste que je deviens. Ce livre représente ma contribution la plus récente à cet effort de toute une vie.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

lundi 23 avril 2018

Les analystes, soutient Bion, ont besoin de faire disparaître de leur mental le bruit de fond du monde sensible pour devenir plus réceptifs aux autres messages du monde psychique.

Sudhir Kakar, Fou et divin

vendredi 20 avril 2018

Il est difficile de repérer la frontière entre l'orgueil ordinaire et le sentiment de toute-puissance ; de mon point de vue, le manque de reconnaissance contribue à l'intensification de l'omnipotence.

Eric Brenman, Recovery of the Lost Good Object

jeudi 19 avril 2018

Certaines personnes se comportent, au cours du travail analytique, d'une façon tout à fait singulière. Quand on leur donne de l'espoir et qu'on leur montre qu'on est satisfait de la marche du traitement, ils paraissent mécontents et leur état subjectif s'aggrave régulièrement. On voit d'abord dans ce fait une manifestation de leur esprit de contradiction et le désir de montrer leur supériorité sur le médecin. Mais on ne tarde pas à constater qu'il s'agit d'un phéno­mène beaucoup plus profond. On s'aperçoit non seulement que ces personnes sont incapables de louange et de reconnaissance, mais aussi qu'elles réagissent aux progrès du traitement d'une manière opposée à celle à laquelle on pourrait s'attendre en toute logique. Tout progrès partiel qui devrait avoir, et a effecti­vement chez d'autres pour conséquence une amélioration ou une disparition passagère des symptômes, se traduit chez elles par une aggravation momen­tanée de leur mal, et leur état, au lieu de s'améliorer, s'aggrave au cours du traitement. Elles présentent ce qu'on appelle la réaction théra­peutique négative.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 18 avril 2018

Ils [les fantasmes originaires] sont également au nombre de cinq, pour suivre les suggestions de Freud [...] :

I. retour au ventre maternel,

II. castration,

III. séduction,

IV. meurtre cannibalique,

V. scène primitive.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

mardi 17 avril 2018

Qui n'a pas assez de confiance,
ne trouve pas de confiance.

Lao-Tseu, Tao Te King, XVII (traduction Marcel Conche)

lundi 16 avril 2018

Ce n'est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n'était pas l'Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb.

Arthur Schnitzler, Relations et solitudes - aphorismes

vendredi 13 avril 2018

Se séparer de soi-même sans s'effondrer, sans tomber dans un chaos où tout est confondu. C'est à quoi servent le rêve, la psychanalyse, la lecture, l'écriture, les voyages parfois, mais toujours moins qu'on ne l'espérait.

J.-B. Pontalis, En marge des nuits

jeudi 12 avril 2018

Nous vivons avec quelques arpents de passé, les gais mensonges du présent et la cascade furieuse de l'avenir. Autant continuer à sauter à la corde, l'enfant-chimère à notre côté.

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

mercredi 11 avril 2018

Passons donc en revue les demandes les plus fréquentes des sujets qui viennent consulter un psychanalyste. Ces demandes, pour résumer les enjeux stratégiques en jeu, visent principalement à :

I. soulager une souffrance, soigner une maladie ;

II. affronter une séparation, faire un deuil imprévu ou inéluctable ;

III. retrouver une certaine liberté par rapport aux répétitions stériles, aux impasses (ce que nous appelons dans notre jargon la compulsion de répétition) ;

IV. mieux comprendre son histoire, son héritage, et comment en faire un meilleur usage ;

V. lutter contre une incapacité à s'engager dans des projets affectifs ou professionnels, contre une perte de créativité.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

lundi 9 avril 2018

Selon moi, l’un des facteurs de cette crise [de la psychanalyse] ne vient pas tant de la mise en cause des découvertes psychanalytiques sur l’inconscient, que du fait que le potentiel thérapeutique de l’analyse demande encore à être pleinement développé.

Franco De Masi, Quelle formation pour l’analyste du XXIe siècle?

vendredi 6 avril 2018

Le cœur se serre à la séparation des songes tant il y a peu de réalité dans l'homme.

François-René de Chateaubriand, Vie de Rancé

jeudi 5 avril 2018

L’importance fonctionnelle du Moi s’exprime en ceci qu’il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu’il ne reste souvent pas d’autre solution au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 4 avril 2018

Nul ne nous a obligés à devenir psychanalystes. Mais si nous prenons l'initiative de le devenir, il nous faut avoir le courage d'être sincères et conséquents.

André Green

mardi 3 avril 2018

Le concept d'impasse analytique est récent et s'inspire de la vision de la thérapie comme processus de développement, avec une histoire et une évolution naturelles.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

vendredi 30 mars 2018

Rêver, c'est tenter de maintenir l'impossible union avec la mère, préserver une totalité indivise, se mouvoir dans un espace d'avant les temps.

J.-B. Pontalis, Entre le rêve-objet et le texte-rêve

jeudi 29 mars 2018

Que faites-vous en ce moment ?
- Je souffre.

Alphonse Daudet, La Doulou

mercredi 28 mars 2018

Chagrin : "Ce mot a pour usagers des enfants et les amoureux. Mine de rien le mot chagrin couvre un immense territoire : tout ce qui revient blessé de l'enfance et de l'amour."

Florence Delay, La Fin des jours ordinaires

mardi 27 mars 2018

Inventer, c'est penser à côté.

Albert Einstein

lundi 26 mars 2018

La liberté commence où l'ignorance finit.

Victor Hugo, Océan prose

vendredi 23 mars 2018

Le meilleur conseil que je puisse donner à quelqu'un pour réussir [...], c'est de ne pas écouter les bruits du monde, mais écouter le silence de l'âme. Tous les gens te diront dans la vie : c'est impossible, t'es trop loin, c'est pas faisable, c'est trop dur. Ça, c'est les bruits du monde ! Mais les gens n'écoutent jamais le silence, qui est un son de l'âme. C'est-à-dire se remettre sur soi-même, à l'intérieur de soi-même et de demander à soi-même ce que l'on veut réaliser dans la vie...

Jean-Claude Van Damme

jeudi 22 mars 2018

Non liquet.

Ce n'est pas clair.

Locution latine

mercredi 21 mars 2018

Pour quel obscur motif ce mot Limbes dont je prolonge la première syllabe et qui paraît se tenir à mi-chemin entre le clair et le sombre exerce-t-il sur moi un tel attrait ? Souhaiterais-je séjourner dans le limbe des enfants ? N'aimerais-je que les pensées à l'état naissant qui se refusent à être cernées ? Serais-je épris de ces rêves qui tiennent lieu de réalité ? Ne serais-je touché que par ceux qui n'ont pas une identité bien assurée, qui ne sont pas ce qu'ils sont ou croient être, et alors les femmes, plus que les hommes, seraient ces êtres-là, incertains, insaisissables, celles qu'on ne saurait baptiser, celles qui seraient toujours en attente d'on ne sait trop quoi ?

J.-B. Pontalis, L'enfant des limbes

mardi 20 mars 2018

Contrairement à la tendance actuelle qui se concentre sur la pensée de l'analyste au travail, je suis convaincu que l'imagination et les fantasmes de l'analyste ne peuvent pas constituer le cœur du travail analytique. L'utilisation de ces éléments ne se justifie que s'ils se rattachent aux expériences précoces de l'enfance du patient, et en prenant en compte l'histoire individuelle et la psychopathologie de celui-ci.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

lundi 19 mars 2018

Mais savoir que c'est vrai les place devant un choix : soit décider d'agir, soit rester dans le déni et s'en prendre au messager en me reprochant d'avoir flingué leur vie de merde.

Série Jessica Jones, saison 1, épisode 1, scénario de Melissa Rosenberg

vendredi 16 mars 2018

- Bouhouuuu les hommes sont vraiment tous les mêmes.

- Bien sûr !... D'ailleurs je me demande pourquoi tu en changes tout le temps.

Faro, L'Almanach Vermot 2018

jeudi 15 mars 2018

Aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction.

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

mercredi 14 mars 2018

Aujourd’hui est un fauve. Demain verra son bond.

René Char, Le nu perdu

mardi 13 mars 2018

[...] l'être humain est traducteur. Dès l'enfance ce dernier est voué à devenir un traducteur, traducteur des messages qui lui sont adressés par l'autre adulte, traducteur de messages énigmatiques ressortissant au monde des adultes qui lui revient de traduire dans sa langue d'enfant. De l'approfondissement de cette idée directrice il tirera une théorie traductive du refoulement.

Christophe Dejours et Felipe Votadoro, Préface à La séduction à l'origine : l'œuvre de Jean Laplanche

lundi 12 mars 2018

L'idéal du bonheur c'est qu'on vous foute la paix.

Révérend-Père Humbert Biondi

vendredi 9 mars 2018

L'activité est indispensable au bonheur ; il faut que l'homme agisse, fasse quelque chose si cela lui est possible ou apprenne au moins quelque chose.

Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie

jeudi 8 mars 2018

Comment pourrait-on échapper à ce qui jamais ne se couche ?

Héraclite, fragment 16

mercredi 7 mars 2018

Pour ce que nous avons été enfants avant que d'être hommes...

René Descartes, Discours de la méthode

mardi 6 mars 2018

Un être se rend libre en se consumant pour se renouveler, en se donnant ainsi le destin d’une flamme.

Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle

lundi 5 mars 2018

Un jour je vous dirai la différence entre le songe et le rêve
L'épluchure de l'esprit c'est le rêve
même si le fruit est parfait il y a des restes
Le songe est parole pour l'âme
même si la parole est imparfaite il y a le chant.

Denis Clavel, La théorie de Delphes

vendredi 2 mars 2018

Rappelez-vous une chose, qui vous sera d’une grande utilité, quoi que vous puissiez penser de lui en tant que personne, et quoi que ses successeurs aient fait ou pas, Freud avait raison. C’est une formule magique que vous devriez toujours garder avec vous dans votre sac, et utiliser chaque fois que le sens commun fait défaut.

Cyprian St. Cyr [Eric Berne], Letters to my wife’s maid

jeudi 1 mars 2018

Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre.

George Sand

mercredi 28 février 2018

Ainsi le symptôme est chargé, peu à peu, de représenter d’importants intérêts, il devient un élément de l’auto-défense, il resserre toujours plus ses liens avec le moi, et lui devient indispensable. Il est bien rare que l’adoption d’un corps étranger puisse produire quelque chose de semblable. On pourrait d’ailleurs exprimer de façon exagérée l’importance de cette adaptation secondaire au symptôme, en disant que le moi, somme toute, ne crée le symptôme que pour jouir de ses avantages. Ce serait aussi juste ou aussi faux que de prétendre que le blessé de guerre s’est fait arracher une jambe par le tir de l’ennemi pour vivre ensuite de sa pension sans travailler.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 27 février 2018

Pas d'autre prière que l'attention. Pas d'autres démons que nos refoulements, nos illusions, nos espérances. Pas d'autres salut que la vérité, l'amour, l'action.

André Comte-Sponville [à propos de l'enseignement de Swami Prajnânpad], C'est chose tendre que la vie

lundi 26 février 2018

Contrairement à ce qu'on pense, la vérité historique n'est pas la vérité de ce qui arrive en fait, c'est la vérité de ce qui s'est passé à une certaine période de l'histoire de quelqu'un et dont il a fait une vérité interne : tout ce qu'il était capable d'en penser, et qui a continué à rester en lui.

André Green, Entretien avec Pierre Bayard et Jean Bellemin-Noël, revue Littérature

vendredi 23 février 2018

Psychologie Magazine : Vous écrivez : “Se séparer de soi : tâche aussi douloureuse qu’inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d’avancer, d’aller au-devant de ce qui, n’étant pas soi, a des chances d’être à venir.” Est-ce cela, changer vraiment ?

J.-B. Pontalis : Oui, c’est aller hors de ce qui est connu de soi. C’est ce que j’ai toujours cherché. Avant de devenir psychanalyste, j’étais prof de philo. Un jour – j’avais 29 ans –, une élève d’hypokhâgne m’a dit : « Ils sont bien vos cours, mais on a l’impression que vous n’y croyez pas vraiment. » Sur le moment, ça ne m’a pas fait beaucoup d’effet, mais après j’ai réalisé qu’elle disait vrai : je maîtrisais le langage, le discours, mais je n’habitais pas mes mots. Il me fallait d’abord me dégager de mes maîtres, notamment de Sartre qui, quoique généreux, était si écrasant… En me séparant de Sartre, puis de Lacan, à chaque fois je me suis séparé, « dé-pris » de celui que j’étais à ce moment-là et des concepts qui me portaient alors – vous savez, on peut aussi se retrouver enfermé dans des concepts. Ç’a été long avant que je me reconnaisse vraiment dans ma parole, dans ce que j’écrivais. Ainsi y a-t-il pour chacun à se dégager des différentes identifications qui jalonnent sa vie. C’est cela, être vivant : essayer de ne pas rester figé dans un âge, dans une position, et aussi être capable de naviguer, de faire des allers-retours dans les différentes époques de sa vie : retrouver l’enfant en soi, sa part de féminité, sa révolte adolescente… Alors, tous les âges se télescopent, comme dans les rêves, où un élément de la veille et des souvenirs des toutes premières années se mélangent. L’important, c’est que ça bouge.

Entretien avec J.-B. Pontalis pour Psychologies Magazine

jeudi 22 février 2018

C'est donc ici que je distingue nettement deux aspects : le psychanalytique et le psychothérapeutique. Dans toute analyse il y a un aspect psychothérapeutique ; toutefois, dans le cas d'une analyse "classique" - je laisse de côté le problème des cas-limites et des psychoses -, c'est le patient qui fait la psychothérapie. En d'autres termes, l'aspect psychothérapeutique est à la charge du patient, tandis que l'aspect psychanalytique est pris en charge par l'analyste et le patient, ensemble.

Jean Laplanche. Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mercredi 21 février 2018

Doutons des théories et des explications, mais ne doutons pas de nos actes, ne tremblons pas au moment de les poser. Agir avec certitude... dans l'incertitude, voilà un slogan à graver en lettres d'or.

Yves-Alexandre Thalmann, Les trois désaccords

mardi 20 février 2018

Avec le temps j'en suis venu à penser que l'analyste s'intéresse surtout à la condition humaine, à l'être humain, pas à la maladie.

Jean Favreau

lundi 19 février 2018

Le sujet ne vient pas nous voir par ce qu'il fait partie d'une intelligentsia ni parce qu'il est mobilisé par un quelconque désir de savoir ; il vient parce qu'il souffre et pour que nous l'aidions à dépasser son conflit psychotique, névrotique ou autre, qui est cause de sa souffrance. C'est pourquoi je pense que la dimension thérapeutique est partie intégrante de ce que je fais quotidiennement quand je travaille comme analyste.

Piera Aulagnier, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

vendredi 16 février 2018

Certains analystes sont portés à voir l'effet de l'inconscient dans les réseaux associatifs que forme le fil du discours ; d'autres soulignent dans la parole adressée l'expression d'une situation répétée que le patient s'efforce de maîtriser ; d'autres encore se centrent sur l'émergence et la maturation de l'affect ressenti ; d'autres enfin attachent une attention particulière aux retournements paradoxaux qui font effet de rupture. Assurément, selon le patient et le moment de sa cure, tout analyste privilégie l'une ou l'autre de ces perspectives, mais il n'en reste pas moins vrai que le style propre issu de la formation de chacun dispose plus directement à l'une ou à l'autre de ces manières d'envisager le travail interprétatif.

Laurent Danon-Boileau et Jean-Yves Tamet (Dir.), Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine

jeudi 15 février 2018

Jetons par terre un cristal, il se brisera non pas n'importe comment, mais suivant ses lignes de clivage en morceaux dont la délimitation, quoique invisible, était cependant déterminée auparavant par la structure du cristal. Cette structure fêlée est aussi celle des malades mentaux.

Sigmund Freud, La décomposition de la personnalité psychique

mercredi 14 février 2018

L'angoisse est la réaction au danger.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 13 février 2018

Si vous vous êtes mal comporté repentez-vous, faites amende honorable et promettez de mieux vous comporter la fois prochaine. Ne ressassez pas vos erreurs. Se trainer dans la boue n’a jamais été le meilleur moyen de se nettoyer.

Aldous Huxley, Le meilleur des mondes