vendredi 19 octobre 2018

Le fou

Ce fut dans le jardin d'un asile de fous que je rencontrai un jeune homme au visage pâle, gracieux et empli d'émerveillement.
Je m'assis près de lui, sur un banc, et lui demandai : "Pourquoi êtes-vous là ?"
Il me regarda avec stupéfaction et me répondit : "C'est une question incongrue et pourtant je veux bien vous répondre. Mon père voulait faire de moi son double parfait ; mon oncle également. Ma mère voulait me façonner à l'image de son illustre père. Ma sœur voulait que je suive le parfait exemple de son époux, le marin, qu'elle tenait en haute estime. Mon frère pensait que je devrais être comme lui : un bel athlète.
"Et mes professeurs, de philosophie, de musique et de mathématiques, étaient eux aussi résolus ; chacun d'eux voulait faire de moi sa propre image réfléchie dans un miroir.
"Aussi suis-je venu en ce lieu. Je trouve que l'air y est plus sain. Au moins, je peux être moi-même."
Puis, subitement, il se tourna vers moi : "Mais dites-moi, avez-vous aussi été conduit jusque-là grâce à l'éducation et au bon conseil ?"
Je répondis alors : "Non, je suis un simple visiteur."
Et il me dit : "Ah, vous êtes l'un de ceux qui vivent dans l'asile de l'autre côté du mur."

Khalil Gibran, L'Errant

jeudi 18 octobre 2018

La vérité est l'objet d'un combat jamais définitivement gagné, ni définitivement perdu que périodiquement le Je doit livrer pour s'approprier et défendre des positions, faute desquelles il ne pourrait ni s'orienter, ni auto-investir son propre espace identificatoire.

Piera Aulagnier, L'Apprenti-historien et le Maître-sorcier. Du discours identifiant au discours délirant

mercredi 17 octobre 2018

Si, comme l’affirmait Freud, le transfert est une “croix”, ne sommes-nous pas en train de nous en protéger par toutes ces rationalisations théorico-techniques, qui ne seraient en dernier ressort que des opérations défensives ? Mais à quoi bon nous défendre d’une chose qui pour la majorité des analystes demeure l’instrument le plus précieux de notre travail ? […] Avec sa métaphore des rayons X, Freud avait-il vraiment raison de nous mettre en garde contre ses dangers ?

León Grinberg, Qui a peur du (contre-)transfert ?

mardi 16 octobre 2018

La connaissance, l'action sont à jamais placées dans une situation fausse : prises entre deux systèmes de référence mutuellement exclusifs et qui s'imposent à elles, bien que la confiance même temporaire faite à l'un détruise la validité de l'autre. Il nous faut pourtant les apprivoiser pour qu'ils cohabitent en chacun de nous sans trop de drames. La vie est courte : c'est l'affaire d'un peu de patience. Le sage trouve son hygiène intellectuelle et morale dans la gestion lucide de cette schizophrénie.

Claude Lévi-Strauss, Histoire de lynx, chap. XVIII, « En relisant Montaigne »

lundi 15 octobre 2018

Aider ce qui vient tout seul.

Lao Tseu, Tao Te King

vendredi 12 octobre 2018

Tenir compte des transformations apportées à l’écoute analytique (importance du contre-transfert), modifier la conception du rôle de l’analyste, comme du cadre analytique du fait du sens nouveau donné à la régression – qui dépasserait le modèle théorique de la reconstruction –, aboutit de fait, pour S. Ferenczi, à la question de savoir s’il n’y a pas deux manières de concevoir l’analyse :

- l’une, qui se veut « classique », basée sur l’aspect paternel de la relation, la levée du refoulement, la remémoration, la reconstruction et la prise de conscience (l’Einsicht) ;

- l’autre, moins « orthodoxe », qui serait plus axée sur l’aspect maternel de la relation, régressive et où prédominent l’expérience vécue, l’interaction, l’infraverbal et le sentir avec (Einfülhung).

Thierry Bokanowksi, Sándor Ferenczi et la clinique des cas dits « difficiles »

jeudi 11 octobre 2018

Nous rencontrons de nombreuses difficultés dans la vie et il serait faux de croire que le bonheur est parfait. En effet, cette illusion nous nuit : nous remettons le bonheur à plus tard, nous considérons qu’il est inutile de rêver, nous nous donnons comme obligation d’être heureux tout le temps et nous nous sentons coupables de ne pas y arriver.

Bref, nous ne prenons pas conscience des deux principes de fonctionnement de la vie que sont l’alternance et le présent ouvert.

L’alternance

Nous observons des cycles dans la vie : dans la nature elle-même et ses saisons. Il en est de même pour les événements que nous vivons ainsi que les émotions ressenties. Après une relation amoureuse difficile ou une période de dépression peut s’ensuivre une renaissance, des changements positifs. Pour accueillir cette alternance, nous devons nous défaire de certains pièges.

Au-delà de l’apparence : le présent ouvert

Bien que nous vivions certaines difficultés comme des contrariétés financières ou affectives, nous pouvons être heureux de notre santé ou d’avoir une famille. Si nous n’aimons pas particulièrement le travail que nous faisons actuellement, nous pouvons apprécier d’être en vie et savoir que notre vie ne se réduit pas à ces conditions parfois inconfortables. Pour rester conscients de ce présent élargi, nous devons éviter également certains pièges.

Thomas d'Ansembourg, Etre heureux, ce n'est pas forcément confortable

mercredi 10 octobre 2018

La question se pose de savoir s'il ne faut pas rechercher chaque fois le trauma originaire dans la relation originaire à la mère, si les traumas de l'époque un peu plus tardive, déjà compliquée par l'apparition du père, auraient pu avoir un tel effet sans la présence d'une telle cicatrice traumatique maternelle-infantile, archi-originaire.

Sándor Ferenczi, Journal clinique

mardi 9 octobre 2018

Dans le plus petit comme dans le plus grand bonheur, il y a quelque chose qui fait que le bonheur est un bonheur : la possibilité d’oublier, ou pour le dire en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. L’homme qui est incapable de s’asseoir au seuil de l’instant en oubliant tous les événements du passé, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu’est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres. Imaginez l’exemple extrême : un homme qui serait incapable de ne rien oublier et qui serait condamné à ne voir partout qu’un devenir; celui-là ne croirait pas à sa propre existence, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudre en une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. Finalement, en vrai disciple d’Héraclite, il n’oserait même plus bouger un doigt. Tout action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité. Un homme qui ne voudrait sentir les choses qu’historiquement serait pareil à celui qu’on forcerait à s’abstenir de sommeil ou à l’animal qui ne devrait vivre que de ruminer et de ruminer sans fin. Donc, il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le démontre l’animal, mais il est encore impossible de vivre sans oubli. Ou plus simplement encore, il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens, historique qui nuit au vivant et qui finit par le détruire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une peuple ou d’une civilisation.

Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles

lundi 8 octobre 2018

Un psychanalyste n'écoute pas sans douceur, même quand il est abrupt. Elle participe à un geste qui fait invitation à l'autre. Peut-être n'entendra-t-il rien parfois, peut-être rêvera-t-il ou s'absentera-t-il ou sera-t-il furieux contre celui qui l'oblige à se tenir là, face à lui. Peut-être ne comprendra-t-il rien à l'histoire qui lui est dite, à ce que trahit ce visage, cette voix.

Il reste que ce qui fait naître l'écoute est la possibilité d'une émotion en intelligence avec ce que l'autre ignore de lui-même. L'écoute (qui peut être flottante) que le psychanalyste garde envers celui qui lui parle, se plaint, souffre, s'essouffle, est une attention particulière aux détails : grains de voix, images évoquées par une hésitation, attitude, mots bizarrement assemblés, tics de langage. Il leur prête intelligence autant qu'à ce qui est signifié. Son apparente immobilité, son silence à peine appuyé, ses pensées, rien ne trahit son désarroi. Il résiste à la plainte qui envahit l'espace et d'abord le corps de l'autre qui est là devant lui et lui adresse sa mortification. Il résiste à l'histoire que le même refrain distille à la même heure, il résiste même à l'envie de savoir. Il essaie d'entendre autrement, d'aller débusquer les fantômes.

Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur

vendredi 5 octobre 2018

La voie est sous nos pieds.

Koan Zen

jeudi 4 octobre 2018

[...] il n'y a pas de signe de réalité dans l'inconscient [...]

Sigmund Freud, Lettre à Wilhelm Fliess du 21 septembre 1897

mercredi 3 octobre 2018

Amicus certus in re incerta cernitur.

C'est dans le malheur (ou dans le besoin) qu'on reconnaît ses amis.

Locution latine

mardi 2 octobre 2018

Je n'aime pas qu'on dise que je suis vieux. Je ne suis pas vieux, je suis âgé. Ce n'est pas pareil.

Charles Aznavour

lundi 1 octobre 2018

C'est ainsi une sorte de mémoire bien particulière qui est à l’œuvre, une sorte de mémoire «clinique» qui a pu faire dire un jour à l’une des participantes de l’un de mes groupes : «C’est pas possible, comment faites-vous? [...] quelle mémoire vous avez ; j’ai cru que vous enregistriez». Je passerai ici sur les craintes persécutives dont cette remarque témoigne par ailleurs de la part de cette participante. Je crois qu’elle est ainsi loin de se douter qu’avant d’entrer dans la séance, je ne me souvenais pas de grand-chose. Il ne m’est pas très aisé d’actualiser seule ce qui a été travaillé à la dernière séance (d’ailleurs je «rechigne» plutôt à effectuer cette remémoration et je ne fais que ce qui me semble être le «strict nécessaire» à ce sujet), sauf éventuellement dans la relation d’inter-transfert avec mon co-animateur ou ma co-animatrice, lorsqu’il s’agit d’un groupe co-animé ; quelques bribes de souvenirs remontent alors en moi au moment de me disposer mentalement pour la séance suivante mais, en situation, dans le cadre de la séance, au moment propice, reviennent spontanément, si je puis dire, des éléments qui étaient retenus quelque part, et sans doute, pas si loin...

Claudine Blanchard-Laville, Accompagnement clinique et capacité négative

vendredi 28 septembre 2018

Si nous plaçons l’inceste, donc la sexualité, comme plaisir des plaisirs nécessitant l’invention d’une règle des règles, la castration apparaît bien comme le régulateur indispensable de la sexualité non seulement pour la vie sociale mais pour la croyance de l’individu en sa propre survie terrestre, aussi longue que possible. […] Le sens de la castration est donc bien symbolique : pas seulement par sa face érotique en relation avec la mère incestueuse du complexe d’Œdipe, mais aussi par sa face meurtrière, vectrice du désir de faire mourir celui qui s’oppose à ce plaisir incestueux. La castration apparaît comme une mesure qui évite la vengeance du talion en punition du désir parricide. Non par mansuétude, mais parce que les raisons du meurtre peuvent être multipliées. […] La sexualité est donc ici reconnue dans sa double valeur : celle de la différence des sexes et celle du rapport de la génération, c’est-à-dire de la perpétuation de la vie. L’inceste et la mort sont réunis à travers le symbole négatif de la castration.

André Green, Le complexe de castration

jeudi 27 septembre 2018

De toutes parts guette la solitude qui encercle l'homme et dévore ses heures.

Otto Gross

mercredi 26 septembre 2018

Dès qu'on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai.

Simone Weil, La pesanteur et la grâce

mardi 25 septembre 2018

Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite.

Friedrich Nietzsche, Ecce homo

lundi 24 septembre 2018

Grattez l'adulte et vous y trouverez l'enfant.

Sándor Ferenczi, Transfert et introjection

vendredi 21 septembre 2018

Nul ne peut exercer l'interprétation des rêves comme activité isolée ; elle reste une part du travail analytique.

Sigmund Freud, Quelques additifs à l'ensemble de l'interprétation des rêves

jeudi 20 septembre 2018

On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre.

Ignazio Silone, Le pain et le vin

mercredi 19 septembre 2018

A quoi tu sers ?

Tu parles, parles, c'est facile, même sans y penser
Les mots, les mots sont immobiles, triés, rangés, classés
Laisse aller, laisse-les jouer
Se cogner, te séduire
"Sensualiser", te bouger
Quand ça veut plus rien dire
Swinguer les mots, les mots, sans ça
On va les rétrécir
Swinguer les mots, ne surtout pas
Toujours les réfléchir

Les mots, l'émo, l'émotion vient
Les mots font l'émotion
Coûte que coûte, écoute-les bien
Rythmer nos déraisons
Les sons, les sons, laissons-les rire
Faut pas les écouter
Juste pour éviter le pire
On va les déchaîner

A quoi tu sers, pourquoi t'es là ?
Qu'est-ce que t'espères, à quoi tu crois ?

Y'en a qui meurent, qui prient pour un morceau de terre
Y'en a qui risquent leur vie pour passer la frontière
Y'en a qui bronzent et d'autres s'font la peau plus claire
Certains s'effraient au fond quand d'autres font des affaires

Mais y a toujours la lune qui s'méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c'est pas demain la veille
Certains smatchent ou labourent, d'autres soignent ou bien peignent
C'est à toi, c'est ton tour, qu'est-ce que t'as dans les veines ?
A quoi tu sers, pourquoi t'es fait ?
Terminus Terre, un seul ticket

Y'en a qui grimpent en l'air pour un peu plus d'silence
Y'en a qui vivent sous terre où ça hurle, où ça danse
Y'en a qui pointent des comptes quand d'autres comptent les points
Y'en a qui lèvent des croix pour ceux qui n'y croient pas

Y'en a qui pincent des cordes, y'en a qui frappent des peaux
Certains "import exportent" ou bien se jouent des mots
Y'en a qui s'font des billes quand d'autres tombent les filles
Certains ne donnent qu'aux hommes, mais d'autres n'aiment personne

Mais y a toujours la lune qui s'méfie du soleil
Et quand tout ça changera, c'est pas demain la veille
Y'en a qui courent une vie pour gagner deux dixièmes
A présent, c'est ton tour, qu'est-ce que tu nous amènes ?

A quoi tu sers, pourquoi t'es fait ?
T'as la lumière, et puis après ?

Jean-Jacques Goldman, Album "Entre gris clair et gris foncé"

mardi 18 septembre 2018

Si vos rêves ne vous font pas peur, c'est qu'ils ne sont pas assez grands.

Ellen Johnson Sirleaf

lundi 17 septembre 2018

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors.

Montaigne, « Vivre à propos », Les Essais, III, 13

vendredi 14 septembre 2018

Selon la théorie psychanalytique, les symptômes des névroses sont des satisfactions compensatrices déformées de forces instinctives sexuelles dont la libération directe a été empêchée par des résistances intérieures.

Sigmund Freud, Résistances à la psychanalyse

jeudi 13 septembre 2018

La vie n'est qu'une ombre qui passe, un pauvre acteur
Qui s'agite et parade une heure, sur la scène,
Puis on ne l'entend plus. C'est un récit
Plein de bruit, de fureur, qu'un idiot raconte
Et qui n'a pas de sens.

William Shakespeare, Macbeth

mercredi 12 septembre 2018

L'analyse nous propose de ne plus vivre nostalgiques.

Georges Favez, Psychanalyste, où es-tu ?

mardi 11 septembre 2018

Et un orateur dit : "Parle-nous de la Liberté".
Et il répondit :
"A la porte de la cité et au coin du feu dans vos foyers je vous ai vus vous prosterner et adorer votre propre liberté,
Comme des esclaves qui s'humilient devant un tyran et bien qu'il les terrassent le glorifient.
Dans le jardin du temple et dans l'ombre de la citadelle j'ai vu les plus libres d'entre vous porter leur liberté comme un boulet à traîner.
Et en moi mon coeur saigna ; car vous ne pourrez être libre que si le désir de quérir la liberté devient un harnais pour vous, et si vous cessez de parler de liberté comme d'un but à atteindre et d'une fin en soi.
Vous ne serez réellement libre tant que vos jours ne seront pas chargés de soucis et que l'indigence et la souffrance ne pèseront pas sur vos nuits,
Mais plutôt lorsque votre vie sera ceint de ces contraintes et dès lors au-dessus d'elles vous vous élèverez, nu et délié.
Et comment pourriez-vous vous élever au-dessus de vos jours et de vos nuits si vous ne brisiez pas les chaînes que vous avez vous-même, à l'aube de votre esprit, attachées autour de votre midi ?
En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons qui brillent au soleil et éblouissent vos yeux.
Et qu'est-ce que la liberté sinon des fragments de vous-même que vous cherchez à écarter pour devenir libre ?
Si vous croyez que la clé de la liberté se trouve derrière une loi injuste qu'il suffit d'abolir, dites-vous que cette loi a été inscrite de votre propre main sur votre propre front.
Vous ne pouvez l'effacer en brûlant tous vos livres de lois, ni même en lavant les fronts de vos juges, dussiez-vous y déverser la mer entière.
Et si vous pensez qu'en détrônant un despote, vous retrouverez votre liberté, voyez d'abord si son trône érigé en vous-même est bel et bien détruit.
Car nul tyran ne pourra dominer des sujets libres et fiers, que s'il existe déjà une tyrannie dans leur liberté et une honte dans leur fierté.
Et si vous cherchez à chasser vos soucis ou à dissiper vos craintes pour libérer ainsi votre esprit, sachez que vous-même les avez choisis avant que vous ne les ayez subis.
Et que le siège de votre frayeur est dans votre coeur et non point dans la main de celui qui vous fait peur.
En vérité tout ce qui se meut en vous est dans une constante semi-étreinte : ce qui vous terrifie et ce qui vous réjouit, ce que vous chérissez et ce que vous haïssez, ce que vous désirez saisir et ce que vous cherchez à fuir.
Vos actes sont des jeux d'ombres et de lumières en couples enlacés.
Toute ombre se dégrade, se fond et se meurt à l'arrivée d'une lumière,
Et quand l'ombre s'évanouit et n'est plus, toute lumière qui s'attarde derrière ses lisières devient alors une ombre pour une autre lumière.
Et ainsi quand votre liberté se désenchaîne devient elle-même les chaînes d'une plus grande liberté."

Khalil Gibran, Le prophète

lundi 10 septembre 2018

N'interromps jamais quelqu'un qui fait ce que tu disais infaisable.

Amélia Earhart

vendredi 7 septembre 2018

Tous nous serions transformés si nous avions le courage d'être ce que nous sommes.

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat

jeudi 6 septembre 2018

La sexualité infantile

Par son investigation étiologique, la psychanalyse se mit en situation de s'occuper d'un thème dont l'existence avait été à peine présumée avant elle. On s'était habitué en science à faire commencer la vie sexuelle avec la puberté, et l'on avait jugé les manifestations de la sexualité infantile comme des signes rares de précocité anormale et de dégénérescence. Et voici que la psychanalyse dévoilait une abondance de phénomènes aussi singuliers que réguliers, par lesquels on se voyait contraint de faire coïncider le début de la fonction sexuelle chez l'enfant presque avec le commencement de la vie extra-utérine, et l'on se demanda avec étonnement comment il avait été possible de fermer les yeux sur tout cela. Les premières vues sur la sexualité infantile ont certes été acquises par l'investigation analytique d'adultes, et par conséquent affectées de tous les doutes et sources d'erreur qu'on pouvait attendre d'une rétrospection si tardive, mais lorsque plus tard (à partir de 1908) l'on commença d'analyser et d'observer sans préjugé des enfants eux-mêmes, on acquit la confirmation directe de tout le contenu concret de la nouvelle conception.

La sexualité infantile montrait à maints égards un autre tableau que celle des adultes et surprenait par de nombreux caractères relevant de ce qui était condamné chez les adultes comme « perversion ». Il fallut élargir le concept du sexuel jusqu'à ce qu'il englobe plus que la tendance à l'union des deux sexes dans l'acte sexuel ou à la provocation de sensations de plaisir particulières aux organes génitaux. Mais cet élargissement trouva sa récompense dans le fait qu'il devint possible de comprendre la vie sexuelle infantile, normale et perverse, à partir d'un ensemble.

L'investigation analytique conduite par l'auteur tomba tout d'abord dans l'erreur de surestimer largement la séduction comme source des manifestations sexuelles infantiles et germe de la formation de symptôme névrotique. On réussit à triompher de cette illusion lorsque se fit reconnaître dans la vie psychique des névrosés le rôle extraordinairement grand de l'activité fantasmatique, qui, pour la névrose, était manifestement plus déterminante que la réalité extérieure. C'est derrière ces fantasmes qu'apparut alors le matériel permettant de donner la description suivante du développement de la fonction sexuelle.

Sigmund Freud, "Psychanalyse" et "Théorie de la libido"

mercredi 5 septembre 2018

Celui qui se sera étudié lui-même sera bien avancé dans la connaissance des autres.

Denis Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron

mardi 4 septembre 2018

Rendre le bien pour le bien et le bien pour le mal, c'est la bonté efficace.

Lao Tseu, Tao Te King

lundi 3 septembre 2018

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard.

Stéphane Mallarmé

vendredi 27 juillet 2018

La matière psychique est hypercomplexe, elle est énigmatique. Elle ne peut être métabolisée et intégrée directement. Elle est donc en quête de médiateur pour son élaboration et la décondensation de son hypercomplexité.

René Roussillon, "Complexité et paradoxes du transfert" in Les grands concepts de la psychologie clinique

jeudi 26 juillet 2018

Notre corps n’est rien sans le corps de l’autre.

Julian de Ajuriaguerra, Manuel de psychiatrie de l'enfant

mercredi 25 juillet 2018

Les jours heureux

À l'heure où le monde bouge
Alors que ton cœur apprend
La misère
Il te faut teindre de rouge
Il te faut peindre de sang
Ta raison
Quand les loups font ta récolte
Ils t'enseignent malgré toi
La colère
Laisse gronder ta révolte
Prends la fronde et quitte donc
Ta maison

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux

J'ai laissé dormir ma ferme
Et mes outils se rouiller
Dans la grange
Car l'unique grain qui germe
Pousse au sol de mes pensées
En fusion
J'ai le cœur grisé de haine
Mais ne veut pas surtout pas
Être un ange
Tiens, prends ma main dans la tienne
Côte à  côte on souffrira compagnons

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux

Mais après vents et tempêtes
Lorsque chantera la paix
Sur la terre
Pesamment comme une bête
Je viendrai soigner mes plaies
Sur tes flancs
Loin du monde en équilibre
Entre la peur et le jeu
De la guerre
Je serai un homme libre
Je serai un homme dieu tout-puissant

Ils renaîtront les jours heureux
Les soleils verts de notre vie
Ils reviendront semer l'oubli
Après le feu
Et refleuriront avec eux
Les fruits pervers de l'espérance
Avant-courrier de l'insouciance
Et des jours heureux.

Charles Aznavour, "Les jours heureux"

mardi 24 juillet 2018

Fraus omnia corrumpit.

La fraude corrompt tout.

Adage latin juridique

lundi 23 juillet 2018

Je considère que toute expérience humaine est le résultat d'un jeu dialectique entre trois modes de production de l'expérience : le mode dépressif, le mode schizoparanoïde et le mode autistique-contigu.

Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse

vendredi 20 juillet 2018

Le rêve, notre hystérie secrète ?

J.-B. Pontalis, La traversée des ombres

jeudi 19 juillet 2018

Veiller tard

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde disparu l'on est face à soi

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiétude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ce raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas su dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Jean-Jacques Goldman, 2e album

mercredi 18 juillet 2018

Je crois que je m’aguerris chaque jour… mais je ne m’endurcirai probablement jamais.

Etty Hillesum, Une vie bouleversée

mardi 17 juillet 2018

Quel est le sceau de la liberté conquise ?

- Ne plus avoir honte de soi-même.

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

lundi 16 juillet 2018

Dès que l'on a commencé à s'écarter du matériel dans lequel on doit puiser, on court le risque de s'enivrer de ses propres assertions.

Sigmund Freud, L'homme au loups

vendredi 13 juillet 2018

Soigner un névrosé, ce n'est pas lui faire réintégrer le monde des gens "normaux" - mais, bien au contraire, réveiller en lui une créativité enfouie.

Otto Rank, Volonté et psychothérapie

jeudi 12 juillet 2018

Tu mettras quarante ans à dire qui tu es.

Léo Ferré à Michel Drucker

mercredi 11 juillet 2018

La forme, c'est le fond qui remonte à la surface.

Victor Hugo, Proses philosophiques

mardi 10 juillet 2018

La gloire est le deuil éclatant du bonheur.

Madame de Staël

lundi 9 juillet 2018

Est-ce qu'il t'a pardonné de l'avoir aidé ?

Philippe Bouvard

vendredi 6 juillet 2018

Je suis un tardif qui a commencé tôt.

Michel Drucker

jeudi 5 juillet 2018

Celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles.

Proverbe africain

mercredi 4 juillet 2018

Il faut commencer par la révision de notre position face à notre propre contre-transfert en cherchant un meilleur dépassement des idéaux infantiles et en acceptant complètement d'être des enfants et des névrosés bien qu'adultes et analystes.

Heinrich Racker, Etudes sur la technique psychanalytique

mardi 3 juillet 2018

Aujourd'hui, tous les gens ont la maladie de se soigner.

Albert Willemetz

lundi 2 juillet 2018

Là où on s'aime, il ne fait jamais nuit.

Proverbe rundi

vendredi 29 juin 2018

Les piliers de la théorie psychanalytique

L'acceptation de processus psychiques inconscients, la reconnaissance de la doctrine de la résistance et du refoulement, la prise en considération de la sexualité et du complexe d'Œdipe sont les contenus principaux de la psychanalyse et les fondements de sa théorie, et qui n'est pas en mesure de souscrire à tous ne devrait pas compter parmi les psychanalystes.

Sigmund Freud, "Psychanalyse" et "Théorie de la libido"

jeudi 28 juin 2018

L'expérience d'omnipotence relève essentiellement de la dépendance, alors que l'omnipotence dont je parle ici suppose qu'on désespère de pouvoir dépendre de quelqu'un.

Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

mercredi 27 juin 2018

Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit ; celui qui étend les jambes ne peut marcher.
Celui qui tient à ses vues n'est point éclairé.
Celui qui s'approuve lui-même ne brille pas.
Celui qui se vante n'a point de mérite.
Celui qui se glorifie ne subsiste pas longtemps.

Lao Tseu, Tao Te King, XXIV (traduction Stanislas Julien)

mardi 26 juin 2018

Parmi les idéologies actuelles, proches de l'image ou du slogan, caricature de l'Idéal du Moi qui permet au contraire de contenir l'agir, nous avons : a. les idéologies de la consommation sans frein et de la communication comme but en soi ; b. l'idéologie de l'autonomie qui peut aller jusqu'à l'isolement, la solitude ; c. l'idéologie bureaucratique, forme de retour désincarné de l'autorité ; d. l'idéologie communautariste, intégriste ou sectaire ; enfin, e. l'idéologie de l'anti-progrès (les déclinologues), ou la création des monstres.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

lundi 25 juin 2018

Si la mère nourricière n'est pas capable de dispenser sa rêverie ou si la rêverie dispensée ne se double pas d'un amour pour l'enfant ou pour le père, ce fait sera communiqué au nourrisson même s'il lui demeure incompréhensible.

Wilfred R. Bion, Aux sources de l'expérience

vendredi 22 juin 2018

Le surmoi ne contraint pas seulement, ne condamne pas seulement, il aime aussi et protège : il est ambivalent.

Francis Pasche, Le Passé recomposé

jeudi 21 juin 2018

Le souvenir est une forme de rencontre.

Khalil Gibran, Le sable et l'écume

mercredi 20 juin 2018

Anaxagore, selon la légende, aurait demandé peu avant sa mort que des fêtes d'enfants soient organisés lors de ses anniversaires. Cette coutume se conserva, parait-il. Les jeux des enfants perpétuaient ainsi les jeux de la pensée.

Kostas Axelos, Arguments d'une recherche

mardi 19 juin 2018

La liberté, selon ma conception, signifie la redécouverte des espaces amis du monde philobatique qui exige des aptitudes d'adulte, et derrière celui-ci, le monde de l'amour primaire qui tient fermement le sujet sans rien lui demander.

Michael Balint, Le défaut fondamental

lundi 18 juin 2018

Finalement, le psychanalyste accueillera l'angoisse comme un don qui lui est fait.

Georges Favez, Psychanalyste où es-tu ?

vendredi 15 juin 2018

Un moulin à paroles, c'est un muet qui s'ignore.

Serge Viderman, "Le temps du silence"

jeudi 14 juin 2018

Quand il est d’humeur dépressive, l’enfant, ou l’adulte, jette une couverture sur la totalité de sa situation interne, ou laisse tomber sur elle, comme pour la contrôler, un brouillard, une brume, une sorte de paralysie où le tri du bon et du mauvais devient impossible.

Donald W. Winnicott, La nature humaine

mercredi 13 juin 2018

Pour la conscience de soi il y a une autre conscience de soi. Elle se présente à elle comme venant de l'extérieur. Cela a une double signification : 1°, la conscience de soi s'est perdue elle-même, car elle se trouve elle-même comme étant une autre essence ; 2°, elle a par là même supprimé l'Autre, car elle ne voit pas aussi l'Autre comme essence, mais c'est [d'abord seulement] elle-même qu'elle voit dans l'Autre.

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Phénoménologie de l'esprit

mardi 12 juin 2018

Le complexe d’Œdipe se révèle donc, ainsi que nous l’avons déjà admis d’un point de vue historique, comme la source de notre éthique individuelle (la morale). Au cours du développement de l’enfant, qui conduit à un détachement progressif à l’égard des parents, l’importance personnelle de ceux-ci cède la place au surmoi. Aux images qu’ils ont laissées viennent ensuite se rattacher les influences des maîtres, des autorités, des modèles spontanément choisis et des héros reconnus par la société, personnes que le moi, devenu plus résistant, n’a plus besoin d’introjecter. La dernière figure de cette série qui débute avec les parents est le Destin, puissance obscure que seuls très peu d’entre nous parviennent à concevoir de façon impersonnelle. Lorsque le poète hollandais Multatuli remplace la Μοϊφα des Grecs par le couple divin Λόϒος χαί ΆνάΥχη il n’y a guère à redire ; mais tous ceux qui transfèrent la conduite du cours du monde à la Providence, à Dieu ou à Dieu et à la Nature nous font soupçonner qu’ils continuent de ressentir ces forces, les plus extérieures et les plus lointaines qui soient, comme un couple parental — au sens mythologique — et qu’ils se croient rattachés à elles par des liens libidinaux. Dans Le moi et le ça j’ai tenté de déduire aussi d’une telle conception parentale du Destin l’angoisse réelle de mort éprouvée par les êtres humains. De cette conception il semble très difficile de se libérer.

Sigmund Freud, Le problème économique du masochisme

lundi 11 juin 2018

Apprendre à guérir, c'est apprendre, comme le disait Georges Canguilhem, à connaître la contradiction entre l'espoir d'un jour et l'échec de la fin, sans perdre l'espoir.

Elisabeth Roudinesco, Hors-Série du Nouvel Observateur "La psychanalyse en procès"

vendredi 8 juin 2018

Par définition, le transfert doit inclure tout ce que le patient apporte à la relation. Et ce qu'il y apporte peut être mieux apprécié lorsque, à côté et au-delà de ce qui est dit, nous concentrons notre attention sur ce qui se passe dans la relation, sur la manière dont le patient est en train d'utiliser l'analyste.

Betty Joseph, Le transfert, une situation totale

jeudi 7 juin 2018

Nous nous disons en syllabes qui s'élèvent du plancher, disant nous-mêmes dans un parler que nous ne parlons pas.

Wallace Stevens, The Creations of Sound

mercredi 6 juin 2018

La façon la plus efficace d'agir, c'est d'agir.

Amelia Earhart

mardi 5 juin 2018

Ainsi, nous sommes tous plus ou moins des personnalités multiples, avec des structures psychopathologiques multiples elles-aussi. Nous disposons tous de potentialités hystériques, phobiques, obsessionnelles ; mais aussi dépressives, maniaques, hyperactives, fétichistes, toxicomanes ou perverses ; ou encore paranoïaques, autistiques, allergiques ou psychosomatiques. Les fantasmes originaires de l'Œdipe, au nombre de cinq pour un Œdipe complet, sont tous plus ou moins représentés dans notre roman familial personnel, construit et reconstruit tout au long de notre vie : séduction, castration, scène primitive, meurtre cannibalique, retour au ventre maternel. Notre identité, à ce titre n'est-elle pas comme une sorte d'assemblée, un parlement démocratique entre ces différents complexes familiaux, les systèmes anthropologiques qui règlent la quête d'un partenaire et son degré d'exogamie, le mode de couplage, l'héritage, les rites de passages, les migrations, et les coupures, la portance et la protection des enfants à naître ?

François Duparc, La clinique du psychanalyste aujourd'hui

lundi 4 juin 2018

De celui qui déclare d'un ton péremptoire : "Moi, je pense que...", vous pouvez être certain 1. qu'il ne pense pas, 2. qu'il revendique un jugement qui lui serait propre alors qu'il exprime l'opinion la plus commune dont il se fait l'écho à son insu, 3. qu'il est si peu assuré de son existence qu'il met en avant Moi et, pour faire bonne mesure, l'accole à Je.

Il n'y a pas plus vantard, plus inconsistant et plus conformiste que cet homme-là.

J.-B. Pontalis, Avant

vendredi 1 juin 2018

L'idée que les pensées et les sentiments de l'analyste sont à chaque fois contextualisés et, par conséquent, modifiés par notre vécu du patient pourrait donner à croire que tout ce que l'analyste pense et éprouve serait à ranger du côté du contre-transfert. J'estime cependant que l'emploi du terme contre-transfert, pour renvoyer à tout ce que l'analyste pense, éprouve ou vit à travers ses sens, occulte la simultanéité de la dialectique entre l'unicité et la dualité, la subjectivité individuelle et l'intersubjectivité - à savoir le fondement même de la relation analytique. Dire que tout ce que vit l'analyste relève du contre-transfert n'est que le constat d'une évidence : nous sommes tous empêtrés dans notre subjectivité. Si nous voulons que le concept de contre-transfert signifie un peu plus que l'obvie, il nous faudra sans cesse le replacer dans le mouvement dialectique entre l'analyste comme entité séparée et l'analyste comme création de l'intersubjectivité analytique. Aucun de ces deux "pôles" de la dialectique n'existe sous une forme pure, et il nous incombe d'aboutir à des formulations chaque fois plus fines sur la nature spécifique, à tel ou tel moment, de la relation entre les vécus du sujet et de l'objet, entre le contre-transfert et le transfert.

Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse

jeudi 31 mai 2018

Saxa loquuntur !

Les pierres parlent !

Sigmund Freud, L'étiologie de l'hystérie

mercredi 30 mai 2018

Cher ami je ne veux pas être indiscret en vous parlant de votre santé, mais mon expérience de la maladie, des médecins etc., si elle m'est inutile pour moi-même, [...] je réussis aisément s'il s'agit d'un autre là où j'échoue pour moi. Donc si vous voulez que nous causions santé et guérisseurs je suis à vos ordres.

Marcel Proust, Lettre à Gaston Gallimard, octobre 1916

mardi 29 mai 2018

Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin.

Marguerite Yourcenar, Les Yeux ouverts

lundi 28 mai 2018

Tout comme le bébé avec sa mère, le patient ne peut devenir autonome que si le thérapeute est prêt à le laisser aller ; et pourtant tout mouvement venant du thérapeute qui tente de s'éloigner de l'état de fusion avec le patient est l'objet d'une noire suspicion et le désastre menace.

Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

vendredi 25 mai 2018

Rigoureusement parlant - et pourquoi n'en parlerait-on pas aussi rigoureusement que possible ? - ne mérite d'être reconnu psychanalyse correcte que l'effort analytique qui a réussi à lever l'amnésie qui dissimule à l'adulte la connaissance des débuts de sa vie infantile (c'est-à-dire de la période qui va de la deuxième à la sixième année).

Sigmund Freud, "Un enfant est battu"

jeudi 24 mai 2018

L'abîme est là qui gronde et les enfants sourient.

Victor Hugo, L'art d'être grand-père

mercredi 23 mai 2018

Que voit le bébé quand il tourne son regard vers le visage de la mère ? Généralement, ce qu'il voit, c'est lui-même. En d'autres termes, la mère regarde le bébé, et ce à quoi elle ressemble est en rapport avec ce qu'elle voit.

Donald W. Winnicott, Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l'enfant

mardi 22 mai 2018

Du temps de Freud le scandale était le dévoilement d'une sexualité réprimée. Aujourd'hui, ce qui est scandaleux, c'est de dire que chaque homme est un sujet qui pense, qui ressent, qui désire, et pas seulement un être qui fabrique et consomme.

Marcel Sassolas, Défense de la clinique en psychiatrie

vendredi 18 mai 2018

Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses.

Gandhi

jeudi 17 mai 2018

La psychanalyse est une expérience où le patient est pris au sérieux, notamment parce que l'analyste traite de tout ce que dit et fait le patient comme des communications potentiellement douées de sens pour l'analyste.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

mercredi 16 mai 2018

Il arrive que le langage, son équivoque, donne subtilement à entendre l'ambivalence. Par exemple : "Je ne veux que ton bien..."

Jacques André, "Ambivalence", Les 100 mots de la psychanalyse

mardi 15 mai 2018

Ce qui t'appartient n'est pas mesurable.

Pierre-Albert Jourdan, Les Sandales de paille

lundi 14 mai 2018

Des révolutionnaires qui voulaient remplacer
Les méfaits de leurs pères par leurs propres excès

Jean-Jacques Goldman, Bienvenue sur mon boulevard

vendredi 4 mai 2018

Attention le chocolat fait rétrécir les jeans.

Anonyme

jeudi 3 mai 2018

Notre culture sociétale se caractérise par un besoin de plus en plus grand d’obtenir des satisfactions individuelles et rapides, avec une perception du temps qui s’accélère de plus en plus, la substitution des valeurs économiques et commerciales aux valeurs spirituelles et affectives, une fragmentation du tissu social qui entraîne une pléthore d’équivalents dépressifs, des modes de vie qui exaltent de faux besoins en même temps que diminue le nombre de ceux qui peuvent y accéder, un allongement de la période de dépendance aux parents qui coexiste avec des injonctions d’autonomie irréalisables pour les jeunes. Dans ce monde qui va vite, où tout se sait, où tout se dit et se montre, nombreux sont ceux qui peinent à se construire un sentiment d’identité propre et ont recours aux pires manières d’y arriver. Nombreux sont ceux qui n’y trouvent pas leur place et sombrent d’une manière ou d’une autre dans la désespérance. Ce sont eux qui nous consultent (dans le meilleur des cas).

Les aider n’est pas une tâche facile et c’est devenu un grand marché. Nous voulons partager ici notre inquiétude quant au développement de pratiques de soins qui essaient de faire l’économie de la complexité psychique au profit de la rentabilité illusoire du soin. Le temps du psychisme n’est pas le temps de l’entreprise ni celui des politiques d’austérité. Quand des mécanismes psychologiques ont mis dix, vingt, trente, quarante ans à s’installer, il est mensonger, arbitraire et manipulateur, de donner à penser qu’il est possible de les assainir rapidement. C’est le cas aussi quand des traumatismes violents ont traversé plusieurs générations ou quand des traumatismes précoces ont perturbé l’évolution souhaitable de la croissance psychique. Il nous semble indispensable de faire comprendre à quel point une approche clinique de ces pathologies doit pouvoir s’appuyer sur une démarche progressive et processuelle et qu’un renoncement à des formules instantanées ou ultra rapides est la condition sine qua non d’une véritable évolution.

Nous voulons aussi partager notre inquiétude quant au développement de pratiques de soin qui essaieraient de faire l’économie de l’existence des inconscients humains. « Déconditionner », « corriger », faire appel à la volonté, c’est méconnaître la face cachée de l’iceberg et tromper les patients sur leur véritable fonctionnement interne.

Et que dire de toutes les formules magiques qui leur sont proposées et qui exploitent commercialement leur besoin d’espérer voir leur crédulité ?

Liliane Dirkx, Après cinquante numéros... in Cahiers de psychologie clinique n° 50

mercredi 2 mai 2018

Je suis prisonnière de mes émotions. Il faut raconter son histoire, puis l'oublier.

Louise Bourgeois, Destruction du père. Reconstruction du père

vendredi 27 avril 2018

Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent.

Paul Valéry, Choses tues

jeudi 26 avril 2018

Le vrai miracle n'est pas de marcher sur les eaux ni de voler dans les airs : il est de marcher sur terre.

Houeï Neng

mercredi 25 avril 2018

Dans les états dépressifs mélancoliques, la libido semble régresser jusqu'au stade le plus précoce du développement. Cela veut dire qu'au niveau inconscient, le mélancolique éprouve vis-à-vis de son objet sexuel un désir d'incorporation. Inconsciemment, il existe une tendance à avaler l'objet, à le détruire.

Karl Abraham, Examen de l'étape prégénitale la plus précoce du développement de la libido

mardi 24 avril 2018

L'écriture de ce livre a, dès le commencement, revêtu à mes yeux une dimension profondément personnelle. Un peu comme le sentiment d'écrire, des années durant, une suite de lettres à un collègue pour lui raconter la façon dont je concevais la psychanalyse à cette époque de ma vie. Il va de soi que tout ce que je crois à ce jour concernant la théorie et la pratique de la psychanalyse ne cesse d'évoluer, y compris à fur et à mesure que j'écris (ou, pour être plus précis, surtout dans l'acte même d'écrire). Borges a déclaré avoir passé toute sa vie à réécrire son premier livre de poèmes. J'éprouve un sentiment similaire à l'égard de mes tentatives de mettre ne mots ma compréhension de ces aspects de la psychanalyse qui sont les plus importants pour moi, et de dire comment ils sont devenus partie prenante de ce que je suis et du psychanalyste que je deviens. Ce livre représente ma contribution la plus récente à cet effort de toute une vie.

Thomas H. Ogden, Cet art qu'est la psychanalyse

lundi 23 avril 2018

Les analystes, soutient Bion, ont besoin de faire disparaître de leur mental le bruit de fond du monde sensible pour devenir plus réceptifs aux autres messages du monde psychique.

Sudhir Kakar, Fou et divin

vendredi 20 avril 2018

Il est difficile de repérer la frontière entre l'orgueil ordinaire et le sentiment de toute-puissance ; de mon point de vue, le manque de reconnaissance contribue à l'intensification de l'omnipotence.

Eric Brenman, Recovery of the Lost Good Object

jeudi 19 avril 2018

Certaines personnes se comportent, au cours du travail analytique, d'une façon tout à fait singulière. Quand on leur donne de l'espoir et qu'on leur montre qu'on est satisfait de la marche du traitement, ils paraissent mécontents et leur état subjectif s'aggrave régulièrement. On voit d'abord dans ce fait une manifestation de leur esprit de contradiction et le désir de montrer leur supériorité sur le médecin. Mais on ne tarde pas à constater qu'il s'agit d'un phéno­mène beaucoup plus profond. On s'aperçoit non seulement que ces personnes sont incapables de louange et de reconnaissance, mais aussi qu'elles réagissent aux progrès du traitement d'une manière opposée à celle à laquelle on pourrait s'attendre en toute logique. Tout progrès partiel qui devrait avoir, et a effecti­vement chez d'autres pour conséquence une amélioration ou une disparition passagère des symptômes, se traduit chez elles par une aggravation momen­tanée de leur mal, et leur état, au lieu de s'améliorer, s'aggrave au cours du traitement. Elles présentent ce qu'on appelle la réaction théra­peutique négative.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 18 avril 2018

Ils [les fantasmes originaires] sont également au nombre de cinq, pour suivre les suggestions de Freud [...] :

I. retour au ventre maternel,

II. castration,

III. séduction,

IV. meurtre cannibalique,

V. scène primitive.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

mardi 17 avril 2018

Qui n'a pas assez de confiance,
ne trouve pas de confiance.

Lao-Tseu, Tao Te King, XVII (traduction Marcel Conche)

lundi 16 avril 2018

Ce n'est pas la psychanalyse qui est nouvelle, mais Freud. De même que ce n'était pas l'Amérique qui était nouvelle, mais Christophe Colomb.

Arthur Schnitzler, Relations et solitudes - aphorismes

vendredi 13 avril 2018

Se séparer de soi-même sans s'effondrer, sans tomber dans un chaos où tout est confondu. C'est à quoi servent le rêve, la psychanalyse, la lecture, l'écriture, les voyages parfois, mais toujours moins qu'on ne l'espérait.

J.-B. Pontalis, En marge des nuits

jeudi 12 avril 2018

Nous vivons avec quelques arpents de passé, les gais mensonges du présent et la cascade furieuse de l'avenir. Autant continuer à sauter à la corde, l'enfant-chimère à notre côté.

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

mercredi 11 avril 2018

Passons donc en revue les demandes les plus fréquentes des sujets qui viennent consulter un psychanalyste. Ces demandes, pour résumer les enjeux stratégiques en jeu, visent principalement à :

I. soulager une souffrance, soigner une maladie ;

II. affronter une séparation, faire un deuil imprévu ou inéluctable ;

III. retrouver une certaine liberté par rapport aux répétitions stériles, aux impasses (ce que nous appelons dans notre jargon la compulsion de répétition) ;

IV. mieux comprendre son histoire, son héritage, et comment en faire un meilleur usage ;

V. lutter contre une incapacité à s'engager dans des projets affectifs ou professionnels, contre une perte de créativité.

François Duparc, Le Travail du psychanalyste

lundi 9 avril 2018

Selon moi, l’un des facteurs de cette crise [de la psychanalyse] ne vient pas tant de la mise en cause des découvertes psychanalytiques sur l’inconscient, que du fait que le potentiel thérapeutique de l’analyse demande encore à être pleinement développé.

Franco De Masi, Quelle formation pour l’analyste du XXIe siècle?

vendredi 6 avril 2018

Le cœur se serre à la séparation des songes tant il y a peu de réalité dans l'homme.

François-René de Chateaubriand, Vie de Rancé

jeudi 5 avril 2018

L’importance fonctionnelle du Moi s’exprime en ceci qu’il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu’il ne reste souvent pas d’autre solution au cavalier, s’il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre.

Sigmund Freud, Le Moi et le Ça

mercredi 4 avril 2018

Nul ne nous a obligés à devenir psychanalystes. Mais si nous prenons l'initiative de le devenir, il nous faut avoir le courage d'être sincères et conséquents.

André Green

mardi 3 avril 2018

Le concept d'impasse analytique est récent et s'inspire de la vision de la thérapie comme processus de développement, avec une histoire et une évolution naturelles.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

vendredi 30 mars 2018

Rêver, c'est tenter de maintenir l'impossible union avec la mère, préserver une totalité indivise, se mouvoir dans un espace d'avant les temps.

J.-B. Pontalis, Entre le rêve-objet et le texte-rêve

jeudi 29 mars 2018

Que faites-vous en ce moment ?
- Je souffre.

Alphonse Daudet, La Doulou

mercredi 28 mars 2018

Chagrin : "Ce mot a pour usagers des enfants et les amoureux. Mine de rien le mot chagrin couvre un immense territoire : tout ce qui revient blessé de l'enfance et de l'amour."

Florence Delay, La Fin des jours ordinaires

mardi 27 mars 2018

Inventer, c'est penser à côté.

Albert Einstein

lundi 26 mars 2018

La liberté commence où l'ignorance finit.

Victor Hugo, Océan prose

vendredi 23 mars 2018

Le meilleur conseil que je puisse donner à quelqu'un pour réussir [...], c'est de ne pas écouter les bruits du monde, mais écouter le silence de l'âme. Tous les gens te diront dans la vie : c'est impossible, t'es trop loin, c'est pas faisable, c'est trop dur. Ça, c'est les bruits du monde ! Mais les gens n'écoutent jamais le silence, qui est un son de l'âme. C'est-à-dire se remettre sur soi-même, à l'intérieur de soi-même et de demander à soi-même ce que l'on veut réaliser dans la vie...

Jean-Claude Van Damme

jeudi 22 mars 2018

Non liquet.

Ce n'est pas clair.

Locution latine

mercredi 21 mars 2018

Pour quel obscur motif ce mot Limbes dont je prolonge la première syllabe et qui paraît se tenir à mi-chemin entre le clair et le sombre exerce-t-il sur moi un tel attrait ? Souhaiterais-je séjourner dans le limbe des enfants ? N'aimerais-je que les pensées à l'état naissant qui se refusent à être cernées ? Serais-je épris de ces rêves qui tiennent lieu de réalité ? Ne serais-je touché que par ceux qui n'ont pas une identité bien assurée, qui ne sont pas ce qu'ils sont ou croient être, et alors les femmes, plus que les hommes, seraient ces êtres-là, incertains, insaisissables, celles qu'on ne saurait baptiser, celles qui seraient toujours en attente d'on ne sait trop quoi ?

J.-B. Pontalis, L'enfant des limbes

mardi 20 mars 2018

Contrairement à la tendance actuelle qui se concentre sur la pensée de l'analyste au travail, je suis convaincu que l'imagination et les fantasmes de l'analyste ne peuvent pas constituer le cœur du travail analytique. L'utilisation de ces éléments ne se justifie que s'ils se rattachent aux expériences précoces de l'enfance du patient, et en prenant en compte l'histoire individuelle et la psychopathologie de celui-ci.

Franco De Masi, Leçons de psychanalyse

lundi 19 mars 2018

Mais savoir que c'est vrai les place devant un choix : soit décider d'agir, soit rester dans le déni et s'en prendre au messager en me reprochant d'avoir flingué leur vie de merde.

Série Jessica Jones, saison 1, épisode 1, scénario de Melissa Rosenberg

vendredi 16 mars 2018

- Bouhouuuu les hommes sont vraiment tous les mêmes.

- Bien sûr !... D'ailleurs je me demande pourquoi tu en changes tout le temps.

Faro, L'Almanach Vermot 2018

jeudi 15 mars 2018

Aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction.

Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes

mercredi 14 mars 2018

Aujourd’hui est un fauve. Demain verra son bond.

René Char, Le nu perdu

mardi 13 mars 2018

[...] l'être humain est traducteur. Dès l'enfance ce dernier est voué à devenir un traducteur, traducteur des messages qui lui sont adressés par l'autre adulte, traducteur de messages énigmatiques ressortissant au monde des adultes qui lui revient de traduire dans sa langue d'enfant. De l'approfondissement de cette idée directrice il tirera une théorie traductive du refoulement.

Christophe Dejours et Felipe Votadoro, Préface à La séduction à l'origine : l'œuvre de Jean Laplanche

lundi 12 mars 2018

L'idéal du bonheur c'est qu'on vous foute la paix.

Révérend-Père Humbert Biondi

vendredi 9 mars 2018

L'activité est indispensable au bonheur ; il faut que l'homme agisse, fasse quelque chose si cela lui est possible ou apprenne au moins quelque chose.

Arthur Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie

jeudi 8 mars 2018

Comment pourrait-on échapper à ce qui jamais ne se couche ?

Héraclite, fragment 16

mercredi 7 mars 2018

Pour ce que nous avons été enfants avant que d'être hommes...

René Descartes, Discours de la méthode

mardi 6 mars 2018

Un être se rend libre en se consumant pour se renouveler, en se donnant ainsi le destin d’une flamme.

Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle

lundi 5 mars 2018

Un jour je vous dirai la différence entre le songe et le rêve
L'épluchure de l'esprit c'est le rêve
même si le fruit est parfait il y a des restes
Le songe est parole pour l'âme
même si la parole est imparfaite il y a le chant.

Denis Clavel, La théorie de Delphes

vendredi 2 mars 2018

Rappelez-vous une chose, qui vous sera d’une grande utilité, quoi que vous puissiez penser de lui en tant que personne, et quoi que ses successeurs aient fait ou pas, Freud avait raison. C’est une formule magique que vous devriez toujours garder avec vous dans votre sac, et utiliser chaque fois que le sens commun fait défaut.

Cyprian St. Cyr [Eric Berne], Letters to my wife’s maid

jeudi 1 mars 2018

Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre.

George Sand

mercredi 28 février 2018

Ainsi le symptôme est chargé, peu à peu, de représenter d’importants intérêts, il devient un élément de l’auto-défense, il resserre toujours plus ses liens avec le moi, et lui devient indispensable. Il est bien rare que l’adoption d’un corps étranger puisse produire quelque chose de semblable. On pourrait d’ailleurs exprimer de façon exagérée l’importance de cette adaptation secondaire au symptôme, en disant que le moi, somme toute, ne crée le symptôme que pour jouir de ses avantages. Ce serait aussi juste ou aussi faux que de prétendre que le blessé de guerre s’est fait arracher une jambe par le tir de l’ennemi pour vivre ensuite de sa pension sans travailler.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 27 février 2018

Pas d'autre prière que l'attention. Pas d'autres démons que nos refoulements, nos illusions, nos espérances. Pas d'autres salut que la vérité, l'amour, l'action.

André Comte-Sponville [à propos de l'enseignement de Swami Prajnânpad], C'est chose tendre que la vie

lundi 26 février 2018

Contrairement à ce qu'on pense, la vérité historique n'est pas la vérité de ce qui arrive en fait, c'est la vérité de ce qui s'est passé à une certaine période de l'histoire de quelqu'un et dont il a fait une vérité interne : tout ce qu'il était capable d'en penser, et qui a continué à rester en lui.

André Green, Entretien avec Pierre Bayard et Jean Bellemin-Noël, revue Littérature

vendredi 23 février 2018

Psychologie Magazine : Vous écrivez : “Se séparer de soi : tâche aussi douloureuse qu’inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d’avancer, d’aller au-devant de ce qui, n’étant pas soi, a des chances d’être à venir.” Est-ce cela, changer vraiment ?

J.-B. Pontalis : Oui, c’est aller hors de ce qui est connu de soi. C’est ce que j’ai toujours cherché. Avant de devenir psychanalyste, j’étais prof de philo. Un jour – j’avais 29 ans –, une élève d’hypokhâgne m’a dit : « Ils sont bien vos cours, mais on a l’impression que vous n’y croyez pas vraiment. » Sur le moment, ça ne m’a pas fait beaucoup d’effet, mais après j’ai réalisé qu’elle disait vrai : je maîtrisais le langage, le discours, mais je n’habitais pas mes mots. Il me fallait d’abord me dégager de mes maîtres, notamment de Sartre qui, quoique généreux, était si écrasant… En me séparant de Sartre, puis de Lacan, à chaque fois je me suis séparé, « dé-pris » de celui que j’étais à ce moment-là et des concepts qui me portaient alors – vous savez, on peut aussi se retrouver enfermé dans des concepts. Ç’a été long avant que je me reconnaisse vraiment dans ma parole, dans ce que j’écrivais. Ainsi y a-t-il pour chacun à se dégager des différentes identifications qui jalonnent sa vie. C’est cela, être vivant : essayer de ne pas rester figé dans un âge, dans une position, et aussi être capable de naviguer, de faire des allers-retours dans les différentes époques de sa vie : retrouver l’enfant en soi, sa part de féminité, sa révolte adolescente… Alors, tous les âges se télescopent, comme dans les rêves, où un élément de la veille et des souvenirs des toutes premières années se mélangent. L’important, c’est que ça bouge.

Entretien avec J.-B. Pontalis pour Psychologies Magazine

jeudi 22 février 2018

C'est donc ici que je distingue nettement deux aspects : le psychanalytique et le psychothérapeutique. Dans toute analyse il y a un aspect psychothérapeutique ; toutefois, dans le cas d'une analyse "classique" - je laisse de côté le problème des cas-limites et des psychoses -, c'est le patient qui fait la psychothérapie. En d'autres termes, l'aspect psychothérapeutique est à la charge du patient, tandis que l'aspect psychanalytique est pris en charge par l'analyste et le patient, ensemble.

Jean Laplanche. Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mercredi 21 février 2018

Doutons des théories et des explications, mais ne doutons pas de nos actes, ne tremblons pas au moment de les poser. Agir avec certitude... dans l'incertitude, voilà un slogan à graver en lettres d'or.

Yves-Alexandre Thalmann, Les trois désaccords

mardi 20 février 2018

Avec le temps j'en suis venu à penser que l'analyste s'intéresse surtout à la condition humaine, à l'être humain, pas à la maladie.

Jean Favreau

lundi 19 février 2018

Le sujet ne vient pas nous voir par ce qu'il fait partie d'une intelligentsia ni parce qu'il est mobilisé par un quelconque désir de savoir ; il vient parce qu'il souffre et pour que nous l'aidions à dépasser son conflit psychotique, névrotique ou autre, qui est cause de sa souffrance. C'est pourquoi je pense que la dimension thérapeutique est partie intégrante de ce que je fais quotidiennement quand je travaille comme analyste.

Piera Aulagnier, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

vendredi 16 février 2018

Certains analystes sont portés à voir l'effet de l'inconscient dans les réseaux associatifs que forme le fil du discours ; d'autres soulignent dans la parole adressée l'expression d'une situation répétée que le patient s'efforce de maîtriser ; d'autres encore se centrent sur l'émergence et la maturation de l'affect ressenti ; d'autres enfin attachent une attention particulière aux retournements paradoxaux qui font effet de rupture. Assurément, selon le patient et le moment de sa cure, tout analyste privilégie l'une ou l'autre de ces perspectives, mais il n'en reste pas moins vrai que le style propre issu de la formation de chacun dispose plus directement à l'une ou à l'autre de ces manières d'envisager le travail interprétatif.

Laurent Danon-Boileau et Jean-Yves Tamet (Dir.), Des psychanalystes en séance. Glossaire clinique de psychanalyse contemporaine

jeudi 15 février 2018

Jetons par terre un cristal, il se brisera non pas n'importe comment, mais suivant ses lignes de clivage en morceaux dont la délimitation, quoique invisible, était cependant déterminée auparavant par la structure du cristal. Cette structure fêlée est aussi celle des malades mentaux.

Sigmund Freud, La décomposition de la personnalité psychique

mercredi 14 février 2018

L'angoisse est la réaction au danger.

Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse

mardi 13 février 2018

Si vous vous êtes mal comporté repentez-vous, faites amende honorable et promettez de mieux vous comporter la fois prochaine. Ne ressassez pas vos erreurs. Se trainer dans la boue n’a jamais été le meilleur moyen de se nettoyer.

Aldous Huxley, Le meilleur des mondes

lundi 12 février 2018

Le courage est le prix que la vie exige pour accorder la paix.

Amélia Earhart

vendredi 9 février 2018

L'humilité est l'antichambre de toutes les perfections.

Marcel Aymé, Clérambard

jeudi 8 février 2018

Quand j'étais petit je voulais devenir maître du monde, aujourd'hui je suis déjà très content quand j'arrive à rester maître de moi.

Philippe Geluck, Le retour du chat

mercredi 7 février 2018

Un supervisé m'a rapporté le cas d'un homme souffrant d'une maladie de peau, un vitiligo qui lui recouvrait toute l'épaule. Les traitements médicaux ne donnaient aucun résultat. C'était pénible pour le patient, par ce que c'est une affection assez visible, très troublante narcissiquement. Dans son analyse, le patient a pu retrouver un souvenir traumatique datant de ses deux ans. Il avait un sœur, très proche en âge, qui était tombée dans un piscine ; il avait vu des hommes retirer de l'eau le corps mort de l'enfant, et il avait vu les chevaux noirs de la petite lui recouvrant toute l'épaule. Il a eu cette vision. C'est comme s'il avait fait un travail de deuil somatique et était devenu se petite sœur morte ; il a pris en lui cette image d'elle ; c'était la solution qu'il avait trouvée pour ne pas la perdre...

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour de la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mardi 6 février 2018

Avec quoi le langage parle-il ? Sûrement pas avec des mots seulement, mais aussi avec des mots investis d'affects, sous-tendus par des représentations pulsionnelles conscientes et inconscientes, et dynamisés par des motions qui l'animent... Le structuralisme a entretenu la tentation illusoire de promouvoir un impérialisme linguistique - avec sa "science pilote", la linguistique ; la combinatoire serait prioritaire, pas la complexité de l'humain...

André Green, Du signe au discours

lundi 5 février 2018

Vous avez peur, peur de ne pas réussir ? Alors, allez-y. Si vous devez échouer, vous échouerez et recommencerez. Autant de fois qu’il le faudra. Ce n’est pas l’échec qui nous retient, c’est le courage de recommencer qui manque et nous fait stagner.

Clarissa Pinkola Estès, Femmes qui courent avec les loups

vendredi 2 février 2018

Si, comme le montrera Lacan en 1960 dans son séminaire sur L'éthique de la psychanalyse, "en chacun de nous, il y a la voie tracée pour un héros", c'est que justement l'héroïsme de l'être humain, du point de vue de la psychanalyse, ne dépend pas tant de la reconnaissance par autrui de notre grandeur que notre capacité à affronter le désarroi comme expérience intime de notre être. Car celui qui sait ne pas fuir sa propre angoisse sera aussi celui qui ne fuira pas son propre désir. Rien ne peut dans ces conditions nous sauver de notre angoisse que le Dieu Logos, c'est-à-dire notre propre croyance en la valeur de la parole et en sa fonction éthique. Rien ne peut conférer à notre existence le sens que nous en attendons que nos propres actes lorsqu'ils sont éclairés par le courage de résister à la pulsion de mort et celui de ne pas céder sur ce qui doit nous coûter l'accès à notre désir, comme "métonymie de notre être".

Clotilde Leguil, extrait de la présentation de L'avenir d'une illusion de Sigmund Freud

jeudi 1 février 2018

Je respecte beaucoup le symptôme, puisque c'est la solution que le sujet a créée pour survivre ou pour surmonter un conflit, une douleur psychique.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mercredi 31 janvier 2018

Fernando Urribarri - Pour finir, le voudrais vous demander de résumer le noyau des questions abordées dans Théâtres du corps.

Joyce McDougall - Dans cet ouvrage, j'essaie de comprendre le genre de messages qui circulent à double sens, entre la psyché et le soma, et de conceptualiser la façon dont on pourrait travailler cela dans la relation analytique.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

mardi 30 janvier 2018

Si un élève vous dit qu’il n’aime pas lire, il ne sait pas ce qu’il dit. Si vous le croyez, il est foutu. Et vous aussi comme professeur.

Daniel Pennac

lundi 29 janvier 2018

L'art lave notre âme de la poussière du quotidien.

Pablo Picasso

vendredi 26 janvier 2018

Le positif nous est donné dès la naissance, le négatif, c’est à nous de le faire.

Franz Kafka, Journal

jeudi 25 janvier 2018

Prenons en considération la genèse psychique des représentations religieuses. Celles-ci, qui se donnent pour des dogmes, ne sont pas des précipités d’expériences ni des résultats d’une pensée, ce sont des illusions, des accomplissements des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus urgents de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs.

Sigmund Freud, l'avenir d'une illusion

mercredi 24 janvier 2018

20 ans

On n'est pas là pour payer les dettes
On a tous connu nos martyrs
On se contente de chaque miette
De chaque seconde, de chaque soupir

Il n’y a pas grand-chose que l’on regrette
Où l’on ne veut plus se souvenir
On a bravé tant de tempêtes
Qu’on ne s’est même pas vu grandir

Dis-moi que la vie est encore plus belle
Quand on a plus vingt ans
Est-ce qu’on peut encore toucher le ciel
Quand on plus vingt ans
Donne-moi des monts et des merveilles
Comme si j’avais vingt ans
Est-ce qu’on t’appeler mademoiselle
Tu as toujours vingt ans

On joue toujours avec les allumettes
Avec les flammes, avec le désir
On n'a qu’une envie, qu’une requête
De rire comme si on allait jamais mourir
On a passé l’âge d’être bête
Pas celui de se faire éblouir
Chaque journée est une conquête
Qu’il faut abattre d’un sourire

Dis-moi que la vie est encore plus belle
Quand on a plus vingt ans
Est-ce qu’on peut encore toucher le ciel
Quand on plus vingt ans
Donne-moi des monts et des merveilles
Comme si j’avais vingt ans
Est-ce qu’on peut t’appeler mademoiselle
Tu as toujours vingt ans
Toujours vingt ans
Toujours vingt ans

On est venu à bout de la bête
Et des nuits qui devaient rétrécir
On ne battra jamais en retraite
On a encore tant de choses à offrir

Johnny Hallyday, album "L'attente", texte de Christophe Miossec

mardi 23 janvier 2018

Quoi qu'il en soit, nous devons êtres prudents, quand nous parlons d'un "psychosomatique", d'un "obsessionnel", d'un "homosexuel"... Tout cela ne veut rien dire ; ce qui doit nous intéresser, c'est la singularité, ce qu'il y a d'unique dans la personne.

Joyce McDougall, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

lundi 22 janvier 2018

Fernando Urribarri - A propos des processus tertiaires dans le processus analytique, je pensais au rôle central que vous leur attribuez pour définir votre "pensée clinique".

André Green - En effet, la pensée clinique a deux dimensions. L'une correspond au travail de l'analyste dans le cadre. L'autre, à la pensée qui surgit de l'expérience, vis-à-vis de laquelle il prend ses distances, réflexivement, pour en rendre compte, pour rendre compte des raisons de l'inconscient. C'est une pensée mobilisée par l'angoisse, par le contre-transfert, qui opère dans l'écriture et dans la communication analytique. J'ai signalé que, même si elle ne fait pas de référence directe à la clinique, elle est capable d'éveiller la résonance avec l'expérience clinique du lecteur.

André Green, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

vendredi 19 janvier 2018

Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même ? Par le méditation, jamais, mais bien par l'action.

Gandhi

jeudi 18 janvier 2018

Quand on sait ce qu'on va dire, on écrit platement.

Alain

mercredi 17 janvier 2018

La fonction sexuelle était présente dès le début, commençait par s'étayer sur les autres fonctions vitales et prenait ensuite son indépendance à leur égard ; il lui fallait accomplir une évolution longue et compliquée, avant de devenir ce qui était connu comme la vie sexuelle normale de l'adulte.

Sigmund Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même

mardi 16 janvier 2018

Je dis que le temps de l'analyse est le temps de l'infans. La création géniale de Freud de la méthode et du dispositif cherche à faire passer par le langage l'expérience de l'infans (celui qui n'a pas de langage).

J.-B. Pontalis, Après Lacan : le retour à la clinique. Entretiens et introduction par Fernando Urribarri

lundi 15 janvier 2018

Durant les dernières décennies, la clinique psychanalytique a vu son principal centre d'intérêt se déplacer des névroses dites classiques aux troubles des personnalités limites. Ce changement a été accompagné d'un désintérêt pour la sexualité au profit du fonctionnement du moi ou des relations d'objet. En fait, ni les troubles du moi, ni les relations d'objet régressives ne devraient être séparés de la sexualité et de ses vicissitudes.

André Green, La clinique psychanalytique contemporaine

vendredi 12 janvier 2018

La conception freudienne de la sexualité s'appuie principalement sur l'hypothèse de "pulsions" sexuelles innées, agissantes dès la naissance et tout au long de l'enfance. Comment ces pulsions en viennent-elles à s'attacher à des objets ? Cette question a toujours été très centrale dans l'œuvre de Freud, bien qu'il lui ait donné des réponses incomplètes et parfois contradictoires. Certains de ses continuateurs ont par la suite attaché une importance croissante à la "relation d'objet".

Michèle Perron-Borelli, Les fantasmes

jeudi 11 janvier 2018

On n'a jamais bien vu le monde si l'on n'a pas rêvé ce que l'on voyait.

Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie

mercredi 10 janvier 2018

La question de l'intersubjectivité pose le problème de la reconnaissance et de l'articulation de deux espaces psychique hétérogènes dotés chacun de logique propre.

René Kaës, Le groupe et le sujet du groupe

mardi 9 janvier 2018

- Que faites-vous ?
- Moi ? Je suis psychiatre.
- Ah oui ?
- Je travaille sur le délire paranoïde.
- Racontez-moi.
- Il n'y a pas grand chose à dire. Je travaille surtout en Europe et j'ai écrit de nombreux articles psychanalytiques. J'ai beaucoup étudié. J'ai travaillé avec Freud à Vienne. Mais on a différé sur le concept d'envie du pénis. Freud voulait le limiter à la femme.

Woody Allen, Zelig

lundi 8 janvier 2018

Cure psychanalytique

Des déceptions amoureuses à répétition, une orientation sexuelle hésitante, une aphonie qui surgit chaque fois qu'il faut parler en public, un mal de vivre indéfinissable, une érection vacillante, une mère débordante, un père qui ne vous a jamais aimé, la mort d'un très proche, un enfant que l'on arrive pas à faire, un dégoût de la sexualité, une addiction à la sexualité qui ne laisse de place pour rein d'autre, une maladie somatique grave, l'aggravation de l'angoisse malgré la suppression réussie d'une phobie par une psychothérapie comportementale, une dépressivité qui gâche toutes les entreprises, une jalousie qui ne connaît pas de repos, un livre qu'on ne parvient plus à écrire, n'avoir jamais rencontré quelqu'un qui vous écoute... le recours à la psychanalyse se confond avec l'expérience humaine. Le malheur peut paraître venir du dehors - "l'enfer, c'est les autres" -, on a cependant l'intuition d'y être pour quelque chose ; qu'il faut changer pour que ça change. Sans le savoir, on vient en analyse pour changer le passé, en réécrire le récit, découvrir la haine derrière l'amour affiché (ou l'inverse), la secrète satisfaction derrière le déplaisir, une prison que l'on ne veut pas quitter. Parmi les risques que l'on court, il y a celui de devenir un peu plus libre qu'auparavant.

Jacques André, Les 100 mots de la psychanalyse

vendredi 5 janvier 2018

Cela ne m’intéresse pas de savoir quel est ton métier.
Ce que je veux savoir, c’est ce qui te tient à cœur.
Si tu oses rêver accomplir tes désirs.
Si tu es prêt à paraître fou par amour ou pour tes rêves.
Pour l’aventure d’être vivant.

Je veux savoir si tu as touché le cœur de ta tristesse.
Si tu t’es ouvert suite aux épreuves de la vie.
Ou si tu t’es desséché et fermé par peur de la douleur.

Je veux savoir si tu peux expérimenter ta douleur.
Ou la mienne sans chercher à la cacher.
À la diminuer ou à la solutionner.

Je veux savoir si tu peux entrer dans la joie, la mienne ou la tienne.
Si tu peux danser sauvagement.
Et laisser l’extase te remplir jusqu’au bout des doigts.
Sans opposer de limites humaines et sans penser être prudent ou réaliste.
Cela ne m’intéresse pas de savoir si l’histoire que tu me racontes est vraie.

Ce que je veux savoir, c’est si tu peux décevoir quelqu’un d’autre afin de rester vrai envers toi-même.
Si tu peux supporter l’accusation d’être un traitre et ne pas trahir ta propre âme.
Je veux savoir si tu as suffisamment de foi pour être digne de confiance.
Je veux savoir si tu sais voir la beauté même si ce n’est pas beau tous les jours…

Texte amérindien

jeudi 4 janvier 2018

Savoir
Et se dire que l'on ne sait pas
Est bien.
Ne pas savoir
Et se dire que l'on sait
Conduit à la difficulté.

Lao-Tseu, Tao Te King, LXXI (traduction Ma Kou)

mercredi 3 janvier 2018

Ceux qui vivent du traitement des malades mentaux doivent s'efforcer de faire quelque chose pour eux.

Sigmund Freud, La technique psychanalytique

mardi 2 janvier 2018

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille. Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Jacques Brel, le 1er Janvier 1968

jeudi 14 décembre 2017

En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien !

Claude Monet

mercredi 13 décembre 2017

Quand tout se pose
Quand les corps se défont
Quand la parade est terminée
Quand la raison dispose
Quand les amis s'en vont
Et le dernier fard effacé
Restent les aveux prisonniers
Dans le miroir lisse et glacé

Je ne suis qu'un homme
Mais elle ne sait pas
Dans ces zones d'ombre
Quand elle tend ses bras
Oh rien qu'un homme
De peur et de froid
Quand le masque tombe
A chaque fois

Aux futiles danses des guerriers toujours vivants
Aux phrases immenses des enfants
Aux immobiles errances des marins sans océans
Aux parterres de fleurs qu'elle attend
Je n'ai que les pierres de ma voix
C'est peu de choses
Mais c'est moi

Je ne suis qu'un homme
Quand elle me voit roi
Pour ces jours qui fondent
Qu'elle ne compte pas
Oh juste un homme
De peur et de froid
Quand le masque tombe
Quand tout se voit

Et si j'ai appris à faire semblant
A garder les yeux paisibles
Quand elle plonge dedans
J'ai mal des hivers
Qui m'attirent trop souvent
Vers les bords du monde
Quand le masque tombe

Quand le masque tombe
Je ne suis qu'un homme
Quand le masque tombe
J'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Quand la nuit est loi

Quand le masque tombe
Quand elle me voit roi
Je ne suis qu'un homme
Quand a nuit est loi
Quand le masque tombe
J'ai peur, j'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Oh, quand le masque tombe
Quand le masque tombe
Je ne suis qu'un homme
Oh, quand le masque tombe
Quand le masque tombe
J'ai peur et j'ai froid
Je ne suis qu'un homme
Oh! Quand le masque tombe

Johnny Hallyday, Quand le masque tombe. Paroles et musique Erick Benzi

mardi 12 décembre 2017

Il faut noter spécialement ce "être soi-même" parce que nous devons faire une distinction entre la personne et l'homme ou la femme, la mère ou la nourrice, qui jouent un rôle ; ils jouent peut-être très bien leur rôle par moments ; [...] Mais jouer un rôle n'est pas suffisant.

Donald W. Winnicott, Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu

lundi 11 décembre 2017

Ce que j'aime, dans la psychanalyse, c'est la déception : on se serait cru plus intéressant. De là une amertume (dont Freud, je crois, ne s'est jamais remis), qui m'a toujours paru le goût même de la vérité. J'aime la psychanalyse comme j'aime la bière peut-être, et pour les mêmes raisons : ce goût de mort et de réel. Déception, donc, et vérité.

André Comte-Sponville, Une éducation philosophique

vendredi 8 décembre 2017

Si vous prenez par exemple la notion de réalité psychique, vous savez que la distinction qu'on a l'habitude de faire à son sujet est entre réalité psychique et réalité matérielle. La réalité psychique par rapport à la réalité matérielle est la réalité qui est accordée aux phénomènes inconscients qui ne comportent ni doute ni degré dans la certitude - inconscient qui comme vous le savez ignore la contradiction, le temps, etc. - et qui sont donc constitués de processus primaires qui renvoient eux-mêmes à des représentations et des affects. C'est là qu'on est en droit de parler de désir. C'est précisément parce qu'il y a une organisation inconsciente des représentations et des affects, sur le mode des processus primaires, que l'on peut dire que dans la névrose, et à partir de ce système de désirs, est à l'œuvre ce que j'ai appelé une logique de l'espoir. Autrement dit, quels que soient les obstacles que m'oppose la réalité extérieure au désir dont je peux être habité, et dont elle ne favorise pas la réalisation ou à laquelle elle fait obstacle - ce qui renvoie au rôle de la prohibition et de l'interdit - ; quelle que soit l'importance de ces entraves, il existe un système où ces désirs vont trouver une certaine forme de satisfaction. Ceci répond à la notion d'inconscient. C'est en quoi justement l'inconscient représente une logique de l'espoir : rien ne peut empêcher la réalisation du désir inconscient sous une forme ou une autre, celle du rêve, du fantasme, ou encore sous la forme du souhait, du voeu, voire sous la forme du symptôme. Sans rien dire du transfert.

André Green, Genèse et situation des états limites

mardi 5 décembre 2017

Il existe donc une "maïeutique" de l'interprétation psychanalytique qui découle du principe suivant : la vie psychique est reconstructible. Mais ce reconstructivisme n'a rien d'idyllique : l'interprétation est en effet habité par la violence (elle fait effraction dans vos défenses, même si nous savons que vous êtes venus chercher cette agression libératrice) ; elle ne manque pas de perversion (je prends plaisir à partager vos angoisses, traumas ou jouissances) ; et ne va pas sans répétition et déliaison. Cependant, elle respecte et favorise les voies singulières, aussi modestes soient-elles, par lesquelles se construit la re-naissance psychique, toujours au singulier et sans but éducatif ni projet anagogique.

Julia Kristeva, La chair des mots

lundi 4 décembre 2017

Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour.

Confucius

vendredi 1 décembre 2017

L'intéressant est que les analystes ont changé pour être capables de travailler aux confins de l'analysable [et être] en condition d'écouter en deçà de la représentation, de penser le non-figurable, l'informe, l'innommable. Nous avons pris la décision que ces états étaient analysables.

J.-B. Pontalis, Après Lacan : le retour de la clinique, entretiens avec Fernando Urribarri

jeudi 30 novembre 2017

Le borderline a une immense avidité orale à être écouté et compris, mais il ne tolère pas d'être entendu. Être entendu marquerait la fin des miroirs composés qui représentent, pour le visible, l'unité et l'identité en image du moment ; ce serait ouvrir l'abîme de la mort violente ou de la folie.

Pierre Fédida, "Le psychanalyste, un état limite ?", Transfert et états limites

mercredi 29 novembre 2017

[...] plus le patient "ira mieux" du point de vue de l'intégration de son identité au sein d'une unité relativement stable, plus il sera susceptible d'être cliniquement "mal" et de douter, de fait, de l'aspect positif de son cheminement thérapeutique.

Vincent Estellon, Les états limites

mardi 28 novembre 2017

Le plus dur ? Les autres, et d'abord ceux que l'on aime et qui vous le rendent si mal. Leur présence est aussi indispensable qu'insupportable - ce dont l'analyste fait l'amère expérience. Derrière cette incapacité à être seul, par-delà la confusion entre absence et disparition se profile bien souvent "l'unique objet du ressentiment" : une mère primitive, paradoxalement aussi irremplaçable qu'elle fut rejetante ou ignorante de la demande d'amour de son enfant. "Arrête de pleurer, chérie, tu embêtes tout le monde".

Jacques André, "Etat limite", Les 100 mots de la psychanalyse

lundi 27 novembre 2017

Un fou qui sait qu'il est fou n'est pas si fou que ça !

Sagesse chinoise

vendredi 24 novembre 2017

[…] Nous sommes lancés, inéluctablement, dans le tourbillon de toute réalité, avec pour seul choix d’y consentir. Si sans aucun doute, cela veut dire : traverser un océan sur un frêle esquif, telle est bien notre condition humaine – et il ne serait d’aucun secours de s’imaginer qu’on navigue à la remorque du plus puissant des bateaux à vapeur, vers des destinations inexistantes : notre attention au vent et au temps ne pourraient que s’en trouver diminuée. Plus nous nous plongeons, sans en rien retrancher, dans l’ « exigence du moment », dans l’instant tel qu’il se présente, dans des conditions variables d’un cas à l’autre, au lieu de suivre le fil conducteur de prescriptions, de directives (écrites par l’homme ! ), plus nous sommes, dans nos actes, justement en relation avec le tout, poussés par la force vivante qui relie tout avec tout, et nous aussi. Qu’importe alors si les tâtonnements de notre conscience sont entachés de toutes les erreurs possibles. Si quelqu’un taxe ce comportement d’immoralité, d’arbitraire et de présomption, nous serions à plus forte raison autorisés à taxer de confortable incurie morale l’esclavage infantile de celui qui s’en tient au respect des prescriptions !

Lou-Andréas Salomé, Lettre ouverte à Freud

jeudi 23 novembre 2017

Ma préoccupation essentielle consiste à dire et à faire ce qui me semble juste et utile, sans souci d'appellation contrôlée autre que le terme générique de "psychothérapeute", à savoir un professionnel spécialisé dans l'accompagnement psycho-relationnel de personnes en souffrance, à des fins d'élucidation et d'émancipation.

Alain Delourme, Pourquoi je ne suis pas Gestalt-thérapeute, revue Gestalt n° 22

mardi 21 novembre 2017

Irrationnel

Ce qui n'est pas accessible à la raison : ce qu'elle ne peut, en droit, ne connaître, ni comprendre. Si la raison a toujours raison, comme le veut le rationalisme et comme je le crois, l'irrationnel n'est qu'une illusion ou un passage à la limite : on ne juge irrationnel (c'est à dire incompréhensible en droit) que ce qu'on n'arrive pas , en fait, à comprendre. Ainsi, l'irrationnel n'existe pas. Cela suffit à le distinguer du déraisonnable, qui n'existe que trop.

André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique

lundi 20 novembre 2017

On pense que la psychanalyse c'est la subjectivité. C'est tout à fait insuffisant parce que c'est une subjectivité qui, pour apparaître dans toute sa dimension, elle suffit pas qu'elle soit exprimée, elle suffit pas non plus qu'un autre vous dise : "je vous comprends" parce que ça n'importe qui peut vous le dire. Il faut que cette subjectivité passe par l'écoute d'un autre, qu'il entende d'une certaine manière et vous la renvoie, c'est-à-dire que la psychanalyse c'est pas un dialogue, c'est une relation à deux où on ne parle que d'un seul.

André Green, Eros et thanatos, émission "Les mots de la psychanalyse"

vendredi 17 novembre 2017

Avec ses différences et ses autonomies, le couple ne dure que si le soin en devient une composante majeure. A ne pas confondre avec le maternage. La reliance est une expérience qui incombe aux deux sexes. Elle est au cœur de l'humanisation, je crois - rien de moins ! Il s'agit de prendre conscience de l'ambivalence des pulsions et des passions : attachement et agressivité, amour et haine, et de les transformer en lien, en possibilité de parler et de penser. La reliance opère contre l'emprise maternelle, pour que, au contraire, la séparation devienne possible et que l'autonomie favorise de nouvelles rencontres. Je t'écoute, tu m'écoutes, je t'entends, tu m'entends, ça nous change. Tu me fais confiance. Je varie. Tu mûris. Une thérapie régénérative. Dans reliance, il y a "confiance" et "re-commencement" du lien.

Julia Kristeva, Je me voyage

jeudi 16 novembre 2017

Todo nada.

Tout est rien.

Thérèse d'Avila

mercredi 15 novembre 2017

Passé, présent, avenir donc, comme enfilés sur le cordeau du désir qui les traverse.

Sigmund Freud, Le créateur littéraire et la fantaisie

mardi 14 novembre 2017

Qu'est-ce que le "contemporain" en psychanalyse ? [...] Les cas-limites, les troubles narcissiques, les pathologies psychosomatiques, en somme, la prédominance des structures non névrotiques a suscité l'émergence d'une clinique nouvelle. cette clinique exige, à mon avis, l'élaboration d'une théorie générale du psychisme et, tout logiquement, une technique.

André Green, Dialoguer avec André Green

lundi 13 novembre 2017

Le transfert/contre-transfert n'a rien d'une intersubjectivité psychologique ou philosophique. L'intimité de ce lien est une expérience de mort à soi, d'accès à l'altérité à travers la mortalité de l'autre, et ainsi seulement d'accès à une renaissance personnelle.

Julia Kristeva, Je me voyage

vendredi 10 novembre 2017

Le point essentiel qu’on n’aperçoit habituellement pas dans cet état de fait, c’est que le conflit pathogène des névrosés ne doit pas être confondu avec un combat normal de motions psychiques se situant sur un même terrain psychologique. C’est un discord entre des puissances dont l’une est parvenue au stade du préconscient et du conscient et l’autre a été retenue au stade de l’inconscient. C’est pourquoi le conflit ne peut aboutir à un règlement ; les belligérants sont mis aussi peu en présence l’un de l’autre que, dans l’exemple connu, l’ours blanc et la baleine. Une décision effective ne peut être prise que quand les deux se rencontrent sur le même terrain. Je pense que rendre cela possible, telle est la seule tâche de la thérapie.

Sigmund Freud, Conférences d’introduction à la psychanalyse

jeudi 9 novembre 2017

La sagesse consiste souvent à suivre sa folie plutôt que sa raison.

Eric-Emmanuel Schmitt, Le Visiteur

mercredi 8 novembre 2017

Personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu’il n’en sait déjà. Ce à quoi l’on n’a pas accès par une expérience vécue, on n’a pas d’oreilles pour l’entendre.

Friedrich Nietzsche, Ecce Homo

mardi 7 novembre 2017

« L'histoire de toute vie est l'histoire d'un échec », disait Sartre. C'est peut-être forcer le trait. Mais cela me parle davantage que la volonté éperdue de « vivre ses rêves », comme on dit aujourd'hui. Réveillons-nous plutôt ! La vie est plus précieuse que les rêves. La lucidité, plus importante que la réussite.

André Comte-Sponville, C'est chose tendre que la vie

lundi 6 novembre 2017

Je regarde comme impossible que l'amour se contente de demeurer stationnaire.

Thérèse d'Avila, Le Château intérieur