Ce monde a soif d'amour : tu viendras l'apaiser.
Arthur Rimbaud, Soleil et chair
Il ne reste désormais que la formule : "Prends soin de toi !" qui souligne un peu plus les solitudes contemporaines, dans une idéologie du « care » où chacun est à la fois son propre soignant et son propre soigné.
Prends soin de toi... car tu ne peux compter que sur toi ! La formule apparemment altruiste et soucieuse de l'autre révèle en fin de compte le drame du sujet contemporain, monade narcissique dépourvue de tout recours qui la transcende.
Ghyslain Lévy, La vie partielle
Les signes
Je crois qu'un des plus grands défis de notre humanité est de réapprendre à entendre les signes. Avant une maladie, le murmure d'une fatigue ; avant une rupture, le murmure d'un agacement ; avant le désastre écologique, le murmure d'une espèce. Mais nous ne savons plus entendre que les cris. Trop pressés, il nous faut des grondements pour comprendre. Or il suffirait de simplement réapprendre à écouter...
Catherine Testa @etsionsouriait
La vraie tranquillité est celle où s'épanouit une bonne conscience. Vois cet homme qui appelle le sommeil par le vaste silence de ses appartements : pour qu'aucun bruit n'effarouche son oreille, toute sa légion d'esclaves est muette ; ce n'est que sur la pointe du pied que l'on ose un peu l'approcher. Et néanmoins il se tourne en tous sens sur sa couche, cherchant à saisir à travers ses ennuis un demi-sommeil : il n'entend rien, et se plaint d'avoir entendu quelque chose. D'où penses-tu que cela provienne ? De son âme, qui lui fait du bruit : c'est elle qu'il faut calmer, dont il faut comprimer la révolte ; car ne crois pas que l'âme soit en paix parce que le corps demeure couché.
Sénèque, Lettres à Lucilius, lettre LVI
Ce livre poursuit et développe l'approche originale de Quinodoz et s'insère bien dans les développements kleiniens modernes. Par exemple Britton, dans un chapitre intitulé « Avant et après la position dépressive », aborde le problème de la transition ps <-> d. Klein fit ressortir le fait que la position dépressive n'est jamais accomplie une fois pour toutes et que, tout au long de la vie, il existe des fluctuations entre les deux. Ce n'est pas statique mais c'est un va-et-vient constant (ps <-> d). Britton, suivant également Bion dans ce domaine, souligne que ce va-et-vient ne constitue pas seulement un progrès et une régression inévitable, mais que le retour en arrière fait partie en soi du processus de croissance. C'est un reculer pour mieux sauter. Nous devons régresser pour intégrer davantage, sans quoi le développement s'arrête. « La position dépressive de hier devient l'organisation défensive de demain » [Britton].
Hanna Segal, préface à Les rêves qui tournent une page de Jean-Michel Quinodoz
Non qu'il [Carl Gustav Jung] refuse toute l'importance de la sexualité comme on l'a trop souvent prétendu : mais il considère que l'humain est conduit par deux daïmons (au sens grec de ce terme : c'est-à-dire des puissances intermédiaires aux pouvoirs du sacré) - deux daïmons au départ antithétiques, mais qu'il s'agit de réconcilier et de conjoindre dans une conjonction des opposés : la sexualité et la spiritualité, dont on ne peut, pour aucune, oublier toute l'importance qu'elle a pour nous sans nous blesser profondément.
Michel Cazenave, Jung revisité. I, La réalité de l'âme
« L’homme est capable de perdre, il est capable de deuil, il est capable de sacrifice, c’est-à-dire qu’en lui, dans son psychisme, la perte peut se transformer en énergie, la perte peut se transformer en existence, le deuil peut se transformer en goût de vivre. » À travers son expérience de psychanalyste et en s’appuyant sur l’image en tant que voie possible de connaissance, Élie G. Humbert montre la nécessité d’une sortie des illusions liées à la relation primordiale. C’est par la différenciation et la confrontation (au sens où l’entendait Jung) que passe le chemin de la connaissance de soi-même. La dimension d’aimer, la réalité de l’amour, impliquent une conjugaison paradoxale de la perte et du lien. Pour devenir « entier » et accéder à « l’entre-deux » de la relation, l’être a à se bâtir sur une épreuve de lui-même.
Présentation du livre d'Élie G. Humbert, La dimension d'aimer
“S’il vous plaît, disait Bion, essayez de ne pas comprendre. Si vous devez “prendre” quelque chose, méta-prenez, para-prenez, circum-prenez, mais par pitié ne comprenez rien. ” La compréhension est une activité mentale plutôt passive eu égard à la possibilité de se méprendre et d’utiliser cette “faille” pour en faire quelque chose. Dans la séance d’analyse, la visée compréhensive comporte le danger de “tuer” une expérience qui était vivante. En un sens, une fois qu’une expérience a été “comprise”, elle est morte.
Thomas H. Ogden, Vers une nouvelle sensibilité analytique
Nous pensons en effet qu'il s'agit d'une dialectique entre deux modes de pensées [celle de Freud et celle de Jung] qui resteront toujours opposés ; et il nous paraît vain d'essayer d'établir lequel des deux points de vue détient la vérité. En paraphrasant un vieux « Witz », nous dirions que Freud avait raison, et Jung aussi ; et à celui qui nous objecterait qu'ils eussent raison tous les deux, nous répondrions que lui aussi a raison. Et nous proposerions de transformer la vieille dispute qui oppose les deux écoles en une confrontation ouverte où les conceptions puissent se rencontrer, non pas en une harmonie constituée d'accords parfaits, mais dans un contrepoint qui doit sa richesse à la tension vivante entre ses thèmes très différents.
Jef Dehing, Deux modes de pensée Freud et Jung
Que l'on croit ou non au pouvoir de la psychanalyse, qu'on la juge abusive, chère, incontrôlable ne change rien à ceci : il y a encore des gens qui exercent ce métier inouï - écouter des histoires, accepter de se laisser prendre, par le biais du transfert, pour un autre que soi, partager parfois pendant des années les peines, les secrets, les joies d'individus qui ne leur sont rien, puis les voir repartir, disparaître de leur existence.
Violaine de Montclos, Leur patient préféré
Le moi n'étant que le centre du champ de conscience, ne se confond pas avec la totalité de la psyché ; ce n'est qu'un complexe parmi d'autres. Il y a donc lieu de distinguer entre le moi et le soi, le moi n'étant que le sujet de ma conscience, alors que le soi est le sujet de la totalité de ma psyché, y compris l'inconscient.
Carl Gustav Jung, Types psychologiques
Le rêve est entièrement et seulement ce qu'il est ; il n'est pas une façade, il n'est pas quelque chose de fait ou d'apprêté, un quelconque trompe-l'œil, mais une construction parachevée. On s'en tiendra à cette hypothèse que le rêve se constitue tout entier en lui-même.
Carl Gustav Jung, L'Homme à la découverte de son âme
[...] le traitement analytique pour atteindre la maladie doit traiter l’homme, l’être psychique, le sujet, et pas même le sujet comme personne, mais le sujet comme sujet de la condition humaine, comme porteur d’une réalité psychique qui à proprement parler est à la fois la sienne et celle de l’ensemble humain qui font de lui ce qu’il est. En d’autres termes une analyse n’a pas seulement affaire à telle ou telle organisation psychopathologique, elle a inexorablement affaire au roc même de ce qui constitue la réalité de l’humain.
Nathalie Zaltzman, De la guérison analytique
Une psychothérapie est une œuvre d'art. Elle engage toute la personnalité du thérapeute, sa créativité, ses connaissances, sa culture générale, mais aussi l'ensemble de ses qualités affectives et de ses choix éthiques et, bien entendu, leurs dimensions inconscientes.
Jean-Georges Lemaire, Les mots du couple
Il est immoral d'être prétentieux, ou d'essayer d'impressionner (...) en étalant votre savoir. Car vous êtes ignorants. Nous pouvons être différents les uns des autres dans le peu de choses que nous connaissons, mais, face à notre ignorance infinie, nous sommes tous égaux.
Karl Popper cité par William Bartley, Karl Popper science et philosophie
Et pourtant, si l'interprétation des rêves fut la première « voie royale » de l'exploration de la vie psychique inconsciente, si elle fut utilement complétée par l'interprétation des associations en cours de séance et du transfert qu'elles manifestent, je tiens l'interprétation de la sexualité et de ses jeux, ses fantasmes mais aussi ses pratiques effectives, voire ses « positions », comme la troisième voie royale de l'exploration de la vie psychique profonde.
René Roussillon, postface à Le refus du féminin de Jacqueline Schaeffer
Que veut la femme ? Elle veut qu'on la veuille, elle veut être aimée, elle veut être désirée.
Jacqueline Schaeffer, entretien avec Marianne Persine, www.spp.asso.fr
Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours. En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire dont l’ignorance a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides. Dès le moment où l’on s’engage pleinement, la providence se met également en marche. Pour nous aider, se mettent en œuvre toutes sortes de choses qui sinon n’auraient jamais eu lieu. Tout un enchaînement d’événements, de situations et de décisions crée en notre faveur toutes sortes d’incidents imprévus, des rencontres et des aides matérielles que nous n’aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin.
William Hutchison Murray, The Scottish Himalayan Expedition
Cette espèce d'ahurissement dans lequel nous nous réveillons chaque matin. Rien ne confirme mieux que le sommeil est une expérience authentique et comme la répétition générale de la mort. De tout ce qui peut arriver au dormeur, l'éveil est certainement ce à quoi il s'attend le moins, ce à quoi il est le moins préparé. Aucun cauchemar ne le choque comme ce brusque passage à la lumière, à une autre lumière. Nul doute que pour tout dormeur, son sommeil est définitif. L'âme quitte son corps à tire-d'aile, sans se retourner, sans esprit de retour. Elle a tout oublié, tout rejeté au néant, quand soudain une force brutale l'oblige à revenir en arrière, à réendosser sa vieille enveloppe corporelle, ses habitudes, son habitus.
Ainsi donc tout à l'heure, je vais m'allonger et me laisser glisser dans les ténèbres pour toujours. Étrange aliénation. Le dormeur est un aliéné qui se croit mort.
Michel Tournier, Vendredi ou Les limbes du Pacifique
Je voudrais parfois entrer dans une maison au hasard, m’asseoir dans la cuisine et demander aux habitants de quoi ils ont peur, ce qu'ils espèrent et s'ils comprennent quelque chose à notre présence commune sur terre. On m'a assez dressé pour que je retienne cet élan qui pourtant me semble le plus naturel du monde.
Christian Bobin, Ressusciter
[...] contrairement à ce que la vulgate contemporaine nous clame, on ne sait jamais vraiment ce qu’on veut, enfin si, une chose, son contraire et ni l’une ni l’autre. Arrangeons-nous avec ça pour prendre des décisions que l’on qualifiera après-coup comme rationnelles !
Marcel Sanguet, « Je suis désolé madame », Blog consacré à la série "En thérapie", site des éditions Erès
Je suis comme je suis
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes lèvres sont trop rouges
Mes dents trop bien rangées
Mon teint beaucoup trop clair
Mes cheveux trop foncés
Et puis après ?
Qu'est-ce que ça peut vous faire ?
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois ?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus ?
Que voulez-vous de moi ?
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé ?
Oui, j'ai aimé quelqu'un
Et quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer, aimer
Pourquoi me questionner ?
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus ?
Que voulez-vous de moi ?
Chanson de Juliette Gréco, Paroles de Jacques Prévert
La part à la fois gravide et lourde, éthéré et onirique de la réalité humaine (et peut-être de la réalité du monde) a été prise en charge par l'irrationnel, part maudite, part bénie où la poésie gorgeait et dégorgeait ses essences, qui, filtrées et distillées un jour, pourraient et devraient s'appeler science.
Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe
Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
Etienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire
La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'oblige à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude et le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit : tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre.
Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité