Chaque trouble du caractère bloque à sa façon la fécondité réceptive et disséminatrice de la personnalité.
Christopher Bollas, Trois caractères. Le narcissique, le borderline, le maniacodépressif
Pour Freud, aimer et travailler, d'abord ! Ces deux grandes entreprises de la vie et de la psychanalyse pourraient nourrir des attentes modestes en apparence qui pourtant se révlèlent parfois formidablement ambitieuses. On pourrait ajouter « se séparer », « être capable de se quitter », [...].
Catherine Chabert, Maintenant, il faut se quitter...
Ce que montre Freud en effet, c'est que le déclenchement de la crise paranoïaque a précédé, chez Schreber, la construction du délire religieux, en sorte que celui-ci apparaît comme un délire de reconstruction, le moyen par lequel le malade restaure un ordre susceptible de le rendre à une vie vivable.
Denis Pelletier, préface à Le Président Schreber de Sigmund Freud
Une clinique de l'inter-subjectivité rythmique du groupe demanderait à être développée. Elle nous apprendrait que certains fonctionnements psychotiques sont moins le résultat d'un désinvestissement de la réalité extérieure que celui d'un excès ou d'un déficit des polarités interpulsives nécessaires à l'élaboration relationnelle.
Ophélia Avron, La pensée scénique
Que ce soit pour des choix décisifs comme une voie de spécialisation ou une affaire de cœur, ou des choix ponctuels de la vie quotidienne comme une invitation ou un achat, les jeunes font souvent face au fear of missing out, c'est-à-dire la peur de manquer quelque chose qui serait mieux.
Nathalie de Kernier, Le projet de vie
Le pénis, organe de pénétration devient pour le garçon un organe de perception qu'il assimile à l'œil ou à l'oreille ou aux deux à la fois ; par ce truchement il explore l'intérieur de la mère, y découvre les périls qui guettent son pénis et ses excréments, par le pénis et les excréments du père.
Melanie Klein, La psychanalyse des enfants
Oui, c'est problématique, mais il y a un postulat : contrairement à ce qu'on pense, il ne nous est pas donné de naître humains. Selon la qualité de l'amour que nous avons reçu, nous sommes animés de mouvements de compassion, des mouvements d'ouverture vers l'autre. Nous naissons aussi avec ce lot de colère et de méchanceté - appelons-le ainsi. Il s'adresse aux objets que nous aimons et aux objets qui nous aiment de faire évoluer ce mélange et de le faire basculer, vers quoi ? Vers la reconnaissance de l'autre.
André Green, Associations (presque) libres d'un psychanalyste : entretiens avec Maurice Corcos
La clinique des maladies mentales nous confronte avec une réalité incontournable, celle des contagions et des transmissions psychiques, celles des solidarités, alliances et collusions inconscientes qui nous obligent de penser la nature et le fonctionnement psychiques de telle manière que soit non seulement théoriquement possible mais concevable cela même qui passe de l'un à l'autre. Nous ne pouvons penser la pysché comme une monade fermée sur elle-même, le sujet comme enfermé dans un total isolement, la folie comme simple idiopathie. Il s'agit par là d'opérer une véritable rupture épistémologique pour pouvoir penser ces échanges et ces communications dans un apareillage complexe mettant en relation l'un avec l'autre.
Jean-Pierre Vidal, Fous alliés ; folie à deux et folie à plusieurs : folies simultanées, délires convergents ou folie communiquée ?
La psychanalyse a pour unique supériorité de ne pas affirmer dans l'abstrait les deux principes psychiques de la sexualité et de l'inconscience de la vie psychique, mais de les démontrer sur un matériau qui concerne chaque individu personnellement et le force à prendre position face à ces problèmes.
Sigmund Freud, Une difficulté de la psychanalyse
Dans son article de 1925 sur La dénégation, Freud a montré que l'adverbe « non » et que la forme négative de l'énoncé verbal ne peuvent exister comme outils logico-grammaticaux qu'à condition d'être investis par la pulsion de mort. Refuser, nier, sont des équivalents symboliques de détruire.
Didier Anzieu, Le groupe et l'inconscient
C'est la valeur prophétique, poétique, de la recommandation technique de Freud, d'écouter chaque patient comme si c'était la première fois, en oubliant l'expérience acquise, c'est-à-dire sans le comparer et sans penser qu'aucun mot venant de sa bouche est du même usage que celui d'un autre.
Jacques-Alain Miller, L'ère de l'homme sans qualités
Le terme paraîtra moins péjorant si l'on s'avise que, comme l'a suggéré Jacques Lacan, l'ignorance n'est pas seulement un état privatif, mais une passion - au même titre que l'amour et la haine ! L'ignorance est sentiment de manque, constituant le désir de savoir, contrairement au savoir dogmatique. L'ignorance est bien un état passionnel et la psychanalyse, si copieux que soit son savoir, tiré de son expérience, a sans cesse affaire à ce manque qu'elle travaille. N'est-ce pas ce « savoir non su » qu'elle théorise sous le nom d'« inconscient » ?
Paul-Laurent Assoun, introduction à Sur la psychanalyse. Cinq leçons de Sigmund Freud
René Kaës distingue quatre rapports principaux au groupe :
- le groupe comme environnement ;
- le groupe comme objet ;
- le groupe comme struture ;
- le groupe comme appareil de liaison.
Ces quatre rapports au groupe sont à l'origine de la constitution du sujet. "Le sujet, j'insiste, est le sujet du groupe, et la groupalité est une dimension (état et structure) du sujet".
Edith Lecourt, Introduction à l'analyse de groupe, citant René Kaës, La transmission psychique intergénérationnelle et intragroupale
Je pourrais donc terminer et résumer cette rapide recherche en disant qu'on retrouve dans le complexe d'Œdipe les commencements à la fois de la religion, de la morale, de la société et de l'art, et cela en pleine conformité avec les données de la psychanalyse qui voit dans ce complexe le noyau de toutes les névroses, pour autant que nous ayons réussi jusqu'à présent à pénétrer leur nature.
Sigmund Freud, Totem et tabou
La maladie psychique ne surgit pas de l'extérieur. Elle ne s'attrape pas, elle est un basculement. Chacun d'entre nous peut être incapable ou mis dans l'incapacité de résister. La vie psychique normale se définit par la présence d'une force constante et désorganisatrice mise en échec par la capacité de résister, tandis qu'un système antagoniste inhibe le pathologique.
Frédérique Debout, préface aux Cinq leçons sur la psychanalyse de Sigmund Freud
Sexuels les bercements et la jolie balançoire. Sexuelle et sans pitié l'étonnante cruauté du petit homme. Qu'ai-je oublié ? Son goût du masochisme ? Et qu'il est voyeur, et dépourvu de toute pudeur ? Aucun plaisir ne l'assouvit, aucun ne l'arrête ; il sera tour à tour cannibale, homosexuel et incestueux. N'importe quelle activité l'excite, bouger, parler, penser, tout lui est bon, le travail comme le sommeil, le jeu comme l'épouvante.
Michel Gribinski, préface aux Trois essais sur la théorie sexuelle de Sigmund Freud
Le transfert doit être compris comme la manifestation de sentiments inconscients qui tendent à la reproduction stéréotypée de situations, caractéristique de l'adaptation passive à la réalité. Cette reproduction se met au service de la résistance au changement, de l'évitement de la reconnaissance de la douleur, du contrôle des anxiétés de base (peur de la perte, peur de l'attaque). La négation du temps et de l'espace qui se manifeste dans le transfert apparaît comme une technique défensive devant une situation de changement.
Enrique Pichon-Rivière, Psychanalyse et psychologie sociale - Hommage à Enrique Pichon-Rivière
Bion indique qu'il est possible de distinguer ou de supposer dans toute transformation (désignée par la lettre T) un fait ou un état initial (qu'il désigne par la lettre O), un processus de transformation (T𝛼), obtenu par certaines techniques ou sous certaines conditions, et un produit final (T𝛽) résultant du processus. Il importe en outre de déterminer le milieu où s'effectuent les transformations. Le concept d'invariance désigne ce qui, de O, reste inaltéré dans le processus de transformation (T𝛼). L'invariance permet de reconnaître dans le produit final (T𝛽) l'original (O) transformé.
René Kaës, La parole et le lien
Par la défense qu'il [l'humour] constitue contre la possibilité de la souffrance, il prend place dans la longue série des méthodes que la vie psychique de l'homme a déployées pour échapper à la contrainte de la souffrance, série qui commence avec la névrose, culmine dans la folie, et dans laquelle il faut inclure l'ivresse, l'absorption en soi-même, l'extase.
Sigmund Freud, L'humour
L'innovation capitale, du point de vue technique, consiste à soustraire le thérapeute du champ visuel de l'hystérique pour qu'elle se fît entendre et qu'elle ne trouvât plus chez le spectateur dans le réel le regard qui incarne son désir. Elle se voyait contrainte de retrouver dans sa propre parole sa division interne et dans le miroir son propre regard [...]. Dès lors, l'hystérie pour se faire entendre devait transformer ses cris et ses convulsions en mots.
René Major, L'hystérie : rêve et révolution
J'utilise le terme "intersubjectivité" pour penser la question de la rencontre d'un sujet, animé de pulsion et d'une vie psychique inconsciente, avec un objet, qui est aussi un autre-sujet, et qui présente donc les mêmes caractéristiques. Une telle définition me paraît tout à fait essentielle pour souligner la place de l'objet et de la "réponse" de l'objet aux mouvements pulsionnels du sujet, dans le devenir psychique de ceux-ci.
René Roussillon, L'intersubjectivité, l'inconscient et le sexuel
Que nous transmettent en définitive ces patients voués à la répétition ? Ils veulent vivre, éprouver, dans ce qui, plutôt que s'être inscrit en eux, a été incorporé au plus profond d'eux, le plus souvent une douleur méconnue par les autres et sans doute inconnue d'eux-mêmes. Les mots alors perdent leur pouvoir. Ils sont exangues, ils n'ont pas de corps, ils manquent de chair. Acharnement (il y a chair dans ce mot-là) de la répétition. « Où est ma souffrance ? disait quelqu'un. Je souhaite la voir revenir. » On a beau dire, Freud, malgré lui peut-être, reste un thérapeute. Comment ne serait-il pas déconcerté face à ceux qui préfèrent tomber malade et le rester plutôt que « tomber guéris » ?
J.-B. Pontalis, préface à Huit études sur la mémoire et ses troubles, compilation de textes de Sigmund Freud
Il en est de la vie quotidienne comme du corps d'un enfant : tout est propice à la liaison entre le souhait prohibé et sa réalisation, tout est apte à produire une connexion, un « pont », entre la surface bienséante de nos gestes et de nos discours et l'« expression discrète » de nos désirs inavouables.
Laurence Kahn, préface à La psychopathologie de la vie quotidienne, Sigmund Freud
Le mot est un peu usé, il trouve pourtant ici toute sa légitimité, la pensée freudienne a révolutionné quelques-uns des fondamentaux sur lesquels repose l'expérience humaine : ce que « moi » veut dire, l'infantilisme de la sexualité, notre rapport à la temporalité et à la mort, la présence d'un inconciliable au cœur de la vie psychique de chacun, l'empire de la honte et de la culpabilité par-delà la morale ordinaire, l'inexorable violence individuelle et collective.
Jacques André, Lectures de Freud
Les actings out ou les acting in de la part du patient tendent, aujourd'hui, à être plus largement considérés comme des éléments qui participent du dialogue analytique (et non seulement comme la rupture de ce dialogue). La tâche de l'analyste n'est pas d'amener le patient à mettre un terme à ses passages à l'acte, mais de faire en sorte que l'espace analytique « enveloppe » ces communications agies.
Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse
Une certaine catégorie de consultants qui viennent demander une analyse, férus de concepts freudiens et surtout post-freudiens, tout à fait capables dans leurs écrits, voire dans leurs prestations orales, de remarquables exercices de haute voltige psychanalytique. Dans le cabinet du psychanalyste, lorsqu'ils exposent les raisons personnelles de leur malaise devant l'existence, voire de leurs symptômes qui sont souvent loin d'être bénins, ils ne font aucune relation entre leur savoir et leurs tensions internes, ou même leur rapport à eux-mêmes dérisoires ou confusionnant. L'artéfact du savoir a parasité la vérité du sujet. L'économie de l'expérience n'a fait que durcir la méconnaissance.
André Green, Artfacts et artifices en psychanalyse
La psychanalyse commence lorsque, délibérément, Freud s'écarte de la psychologie scientifique. Désormais ce qui va mobiliser sa démarche n'est pas l'ordre de la pensée, mais son opposé, à savoir les désordres de la pensée. De la même façon, on ne trouvera pas chez Freud de théorie de la mémoire, mais l'inverse : une théorie de l'oubli, de l'amnésie, de la déformation des souvenirs, des défaillances multiformes de la mémoire. De même, on ne trouvera pas chez Freud de théorie de l'intelligence, mais une théorie de l'inhibition, et des autres désordres de l'intelligence.
Christophe Dejours, préface à Sur la psychopathologie de la vie quotidienne de Sigmund Freud
La notion de « mère-environnement », de Winnicott, a fortement mis en avant l'idée analytique d'une « matrice du transfert ». Le nourrison entretient une relation non seulement à la mère comme objet (objet-mère), mais aussi, depuis le tout début, à la mère comme environnement (mère-environnement). Par conséquent, le transfert ne se limite pas au transférement de notre vécu des objets internes aux objets externes, mais il déplace aussi, à la situation analytique, ce que nous vivons de notre environnement interne.
Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse
Les théories de la relation d'objet se distinguent les unes des autres par plusieurs traits. Les unes mettent l'accent sur l'objet plutôt que sur la relation, ou inversement. Les autres sur l'appréhension « plus ou moins » fantasmatique de l'objet ; elles accordent une détermination décisive, soit au poids de l'environnement (Spitz, Balint, Róheim...), soit à la seule réalité psychique (M. Klein, J. Riviere...) et au statut purement fantasmatique des objets internes, soit au rôle structurant des relations d'objet mutuelles des sujets en interrelation (Bion, Winnicott...).
René Kaës, Le Groupe et le sujet du groupe
Aussi est-on forcément d'autant plus surpris, voire désorienté, quand on fait comme médecin l'expérience qu'il arrive à des hommes de tomber malades au moment où un désir, intimement fondé et longuement nourri, est parvenu à son accomplissement.
Sigmund Freud, Quelques types de caractère dégagés par le travail psychanalytique
Le processus analytique reflète l'interaction de trois subjectivités : celle de l'analyste, de l'analysant et du tiers analytique. Le tiers analytique est une création de l'analyste et de l'analysant, et, en même temps, l'analyste et l'analysant (en qualité d'analyste et d'analysant) sont créés par le tiers analytique. (Il n'y a pas plus d'analyste que d'analysant ou d'analyse en l'absence du tiers.)
Thomas H. Ogden, Les Sujets de l'analyse
[...] j'ai constaté chez un certain nombre de patients une illusion. L'illusion est la suivante : ces gens, pour des raisons que je n'ai pas à détailler, ont extrêmement peur de leurs pulsions, mais ne le savent pas. [...] L'illusion, c'est de penser qu'il suffit d'être aimé pour résoudre les problèmes. Or, ce n'est pas vrai, cela ne résout rien du tout parce que rien ne peut venir remplacer la position fondamentale qui est d'aimer soi-même.
André Green, Associations (presque) libres d'un psychanalyste. Entretiens avec Maurice Corcos
Voilà pourquoi la sexualité infantile, qui est soumise au refoulement, est la force motrice principale de la formation du symptôme, et que l'élément esentiel de son contenu, le complexe d'Œdipe, est le complexe nucléaire de la névrose.
Sigmund Freud, "Un enfant est battu". Contributions à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles
Je désigne ainsi [par ce concept de « parents internes »] un troisième terme situé entre ce que dit le patient et ce qu'entend l'analyste. Ce troisième terme réaparraît entre ce que l'analyste croit dire et ce que le patient entend effectivement. Ce troisième terme ne coïncide pas, ne peut pas coïncider avec les parents de la réalité matérielle. Ces parents internes ne coïncident pas davantage avec la représentation que se font les patients de leurs parents. Les parents qui m'intéressent ici sont ceux qui prennent forme dans le dire du patient, au-delà de ce que le patient croit que les parents sont. Ils diffèrent également de ceux que l'analyste se représente à partir de sa théorie ou de l'image proposée par leurs patients.
Haydée Faimberg, À l'écoute du téléscopage des générations : pertinence psychanalytique du concept
l'é-motion n'est pas un état permanent intérieur. Comme son nom l'indique, c'est un mouvement, qui fait sortir de soi celui qui l'éprouve. Elle s'extériorise par des manifestations physiques et s'exprime par une modification du rapport au monde. L'être ému se trouve débordé, du dedans comme au-dehors.
Michel Collot, La matière-émotion
La position paranoïde (ou persécutrice) nous fait redouter d'être envahi non seulement dans notre corps mais surtout dans notre esprit par un être tout-puissant, tyrannique, menaçant, qui nous environne, qui est plus un morceau indifférencié de corps et d'esprit qu'une véritable personne et dont aucune frontière, aucune barrière ne nous sépare et ne nous protège. L'angoisse ici, prend des formes du genre : on pénètre dans mon corps pour exciter en moi certaines sensations, on me vole mes pensées, on m'influence dans mes désirs, mes idées. D'où la méfiance à l'égard de tous ceux qui me témoignent de la curiosité, de l'intérêt, de l'affection. D'où l'alternative : ou attaquer avec violence ce persécuteur si on réussit à l'identifier, ou se retirer dans l'indifférence, l'insensibilité, s'établir à des milliers d'années-lumières de lui derrière un no man's land infranchissable (ce qui correspond alors à une position schizoïde).
Didier Anzieu, Une peau pour les pensées. Entretiens avec Gilbert Tarrab
Les mécanismes de défense servent le dessein d'écarter les dangers. Il est incontestable qu'il y réussissent ; il est douteux que le moi puisse pendant son développement renoncer entièrement à eux, mais il est également certain qu'ils peuvent eux-mêmes devenir des dangers.
Sigmund Freud, L'analyse finie et l'analyse infinie
Rigoureusement parlant - et pourquoi n'en parlerait-on pas aussi rigoureusement que possible ? - ne mérite d'être reconnu psychanalyse correcte que l'effort analytique qui a réussi à lever l'amnésie qui dissimule à l'adulte la connaissance des débuts de sa vie infantile (c'est-à-dire de la période qui va de la seconde à la sixième année).
Sigmund Freud, « Un enfant est battu ». Contributions à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles
Effectivement, c'est dans les rapports d'idéalisation qu'on voit les côtés mortifères, c'est-à-dire que jamais on n'est à la hauteur de son idéal. Et l'idéal vous dévore, donc vous fait sentir votre petitesse par rapport à ses exigences.
André Green, Associations (presque) libres d'un psychanalyste. Entretiens avec Maurice Corcos
J'ai appelé alliance inconsciente une formation psychique intersubjective construite par les sujets d'un lien pour renforcer en chacun d'entre eux et établir là la base de leur lien les investissements narcissiques et objectaux dont ils ont besoin, les processus, les fonctions et les structures psychiques qui leur sont nécessaires et qui sont issus du refoulement, ou du déni, du rejet et du désaveu. L'alliance est formée de telle sorte que le lien prend pour chacun de ses sujets une valeur décisive. L'ensemble ainsi lié (le groupe, la famille, le couple) tient sa réalité psychique des alliances, des contrats et des pactes que ses sujets concluent et que leur place dans l'ensemble les oblige à maintenir.
René Kaës, Un singulier pluriel. La psychanalyse à l'épreuve du groupe
René Kaës a vu le premier que les deux modes spécifiques, dans une situation de groupe, d'élaboration secondaire d'un matériel fantasmatique latent sont le mythe et l'idéologie. Nous-même, nous avons remarqué que dans un groupe l'émergence du processus de symbolisation se reconnaît à ce que le discours collectif commence à contenir des figurations symboliques de la situation hic et nunc (cf. les thèmes de l'auberge espagnole, de Huis clos, de la Cène, du tribunal révolutionnaire, etc.). Nous avons également constaté que l'interprétation ne devient recevable par les participants que si leurs échanges verbaux ont accédé à cette symbolisation.
Didier Anzieu, Le Groupe et l'Inconscient
Il est essentiel de le comprendre : l'homme moderne est en fait un curieux mélange de caractère acquis au long d'une évolution mentale millénaire. Et c'est de cet être mêlé, de cet homme et de ses symboles, qu'il nous faut nous occuper, et dont il faut examiner la vie mentale avec la plus grand attention. Le scepticisme et la conviction scientifique coexistent chez lui avec des préjugés démodés, des manières de penser et de sentir dépassées, des contresens obstinés, une ignorance aveugle.
Carl Gustav Jung, Essai d'exploration de l'inconscient
[L'école anglaise de psychanalyse, partiellement issue de et fort influencée par Melanie Klein,] a mis en évidence la double dimension, fantasmatique et symbolique, dans les groupes. Par exemple, la situation de groupe directif développe chez les sujets l'ambivalence envers l'autorité, tandis que la situation non directive provoque une régression plus archaïque, préœdipienne, avec une accentuation des angoisses de morcellement, de persécution et de dépression dont on peut ainsi découvrir qu'elles étaient d'ailleurs latentes en tout groupe. Le “climat” d'un groupe, réel ou artificiel, ses productions ou son incapacité à produire, sont liés aux résonances ou aux discordances fantasmatiques sous-jacentes. L'intervention psychanalytique vise à rendre les membres de ce groupe sensibles à l'articulation ou aux heurts de leurs fantasmes, soit pour pour les en dégager, soit pour y puiser les ressources psychologiques inconscientes reprises pour une entreprise commune.
Didier Anzieu, Introduction in Groupes : psychologie sociale clinique et psychanalyse, numéro spécial du Bulletin de psychologie
En définitive on peut considérer le groupe comme un microsystème psychosocial situé dans un cadre matériel et culturel. Ses deux faces, externe et interne, sont fortement intriquées ; les processus qui s'y déroulent relèvent d'une dialectique du désir et de la loi ; si celle-ci l'emporte, c'est le règne d'un formalisme ritualisé ; dans le cas inverse peut survenir une sorte de délire commun. Ces processus traduisent aussi le double travail de la conscience et de l'inconscient à travers le jeu des pulsions, des tensions et des régulations.
Jean Maisonneuve, La dynamique des groupes
[...] sur le plan de la logique de l'inconscient, il ne suffit pas que P soit vrai pour que je sois en droit d'affirmer que P est la conséquence de q. On a dit beaucoup de sottises sur les causes des névroses et des psychoses, en utilisant à tort des « foncteurs de vérité » comme : à cause de, afin de, dans le but de, etc. Ferenczi a montré que l'attitude confrontative permet d'éviter le recours à des explications dont l'histoire ultérieure de la psychanalyse a montré qu'elles pouvaient être abusivement généralisées.
Prenant ici le parti de Ferenczi, je citerai quelques exemples d'assertions péremptoires et sidérantes :
Le préconscient a une dimension groupale, ou plus exactement il serait une instance transitionnelle mettant en rapport les représentations déléguées de la pulsion et les représentations sociales.
Jean-Claude Rouchy et Monique Soula Desroche, Institution et changement, processus psychique et organisation
Un malentendu peut survenir dans une discussion du fait qu'une personne qui parle appartient au type pensant et verbalisant, tandis que l'autre appartient au type qui hallucine dans le champ visuel ou auditif au lieu d'exprimer son self par des mots. D'une certaine façon les gens qui sont dans les mots ont tendance à s'affirmer sain d'esprit, et ceux qui ont des visions ne savent pas comment défendre leur position quand ils sont accusés de folie. L'argument logique appartient réellement à ceux qui verbalisent. Le sentiment ou une impression de certitude ou de vérité ou de "réel", appartient aux autres.
Donald W. Winnicott, La pensée chez l'enfant : un autre éclairage
Dans la vie psychique de l'individu pris isolément, l'autre intervient très régulièrement en tant que modèle, soutien et adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, et d'emblée et simultanément, une psychologie sociale, en ce sens élargi mais parfaitement justifié.
Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du Moi
Le complexe d'Œdipe simple n'est pas celui qui s'observe le plus fréquemment, mais correspond à une simplification et schématisation voulue [...]. Une recherche plus approfondie permet le plus souvent de découvrir le complexe d'Œdipe sous une forme plus complète ; sous une forme double, à la fois positive et négative en rapport avec la bisexualité originelle de l'enfant. Il se peut que l'ambivalence constatée dans les rapports avec les parents s'explique, d'une façon générale, par la bisexualité, au lieu de provenir, ainsi que je l'avais supposé précédemment, de l'identification à la suite d'une attitude de rivalité.
Sigmund Freud, Le Moi et le Ça
Assurément le groupe est une totalité, un espace psychique spécifique dans lequel des processus et des formations typiques se produisent. Mais, et je le répète car il me semble que nous perdons quelquefois de vue cette conséquence, à ne considérer que cette dimension du groupe, sans l'articuler avec les deux autres, qu'il contient, celui du lien intersubjectif et celui du sujet, alors nous risquons de faire de celui-ci un « élément » et une simple variable d'un « processus sans sujet », et finalement de lui interdire l'accès à sa propre subjectivité et à sa capacité à l'assumer.
René Kaës, La parole et le lien
Dans les variantes de la normalité, la dépression comme « déprime », comme mal-être psychologique, peut être facteur de créativité ou d'auto-analyse. Ainsi Pierre Fédida a écrit Les bienfaits de la dépression (2001) comme épreuve de vérité, source de travail psychique, effet de subjectivation dans le rapport de soi à soi. Elle peut favoriser la prise de conscience de l'existence en soi de l'intériorité et de l'insatisfaction d'un mode de vie polarisé par l'actuel et l'action, dans et pour la méconnaissance de soi. La dépression serait « la mise en conservation du vivant sous une forme inanimée ».
Bernard Brusset, Psychanalyse et neurobiologie : l'actuelle croisée des chemins
... cette collision entre l'image que l'on a de soi et ce que l'on est réellement est toujours très douloureuse, et l'on peut opter pour deux attitudes : vous pouvez faire face à la collision et essayer de devenir ce que vous êtes réellement, ou battre en retraite pour essayer de rester ce que vous croyez être, ce qui est un fantasme, dans lequel vous périrez certainement.
James Baldwin, Personne ne sait mon nom
Nous réalisons rarement, par exemple, que nos pensées et nos émotions les plus profondes ne sont pas réellement les nôtres. Car nous pensons à travers des langues et des images que nous n'avons pas inventées, mais qui nous ont été transmises par la société.
Alan Watts, The Culture of Counterculture : Edited transcripts
Quel sens est-ce donc là ? Un sens perdu et retrouvé. Ce serait trop prêter à cette structure pré-significative et sa retrouvaille est beaucoup plus de l'ordre de la trouvaille. Peut-être un sens potentiel auquel ne manque que l'expérience analytique - ou poétique ? - pour devenir un sens véridique.
André Green, Narcissisme de vie, narcissisme de mort
On peut évidemment procéder de diverses façons mais, en psychanalyse, la réponse à des questions d'ordre technique ne va jamais de soi. Il existe peut-être plus d'une bonne voie, mais il y en a certainement un grand nombre de mauvaises.
Sigmund Freud, Le maniement de l'interprétation des rêves en psychanalyse
Qui regarde dans le miroir de l'eau aperçoit, il est vrai, tout d'abord sa propre image. Qui va vers soi-même risque de se rencontrer soi-même. Le miroir ne flatte pas, il montre fidèlement ce qui regarde en lui, à savoir le visage que nous ne montrons jamais au monde, parce que nous le dissimulons à l'aide de la persona, du masque du comédien. Le miroir, lui, se trouve derrière le masque et dévoile le vrai visage. C'est la première épreuve du courage sur le chemin intérieur, épreuve qui suffit pour faire reculer la plupart, car la rencontre avec soi-même est de ces choses désagréables auxquelles on se soustrait tant que l'on a la possibilité de projeter sur l'entourage tout ce qui est négatif. Si l'on est à même de voir sa propre ombre et de supporter de savoir qu'elle existe, une petite partie seulement de la tâche est accomplie : on a du moins fait émerger l'inconscient personnel.
Carl Gustav Jung, Les Racines de la conscience
C'est pourquoi nous préférons parler de psycho-sexualité, soulignant ainsi qu'il ne faut ni négliger, ni sous-estimer le facteur psychique. Nous nous servons du mot « sexualité » en lui attribuant le sens élargi du mot allemand lieben (aimer) et nous savons depuis longtemps qu'un manque de satisfaction psychique, avec toutes ses conséquences, peut exister là même où les relations sexuelles normales ne font pas défaut.
Sigmund Freud, À propos de la psychanalyse dite « sauvage »